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Les Archives bouddhistes du Dr. Alexander Berzin

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Réflexions sur le karma dans le sillage du 11 septembre 2001

Alexander Berzin
Ville de Mexico, 22 et 23 septembre 2001
[Transcription légèrement modifiée par Alexander Berzin]
Traduit par Pauline M. Silbermann

Troisième session : Le karma, ses lois et sa diversité

La première loi du karma

Certains aspects d’ordre général ayant trait au karma sont appelés « les quatre lois du karma ». Si nous nous posons la question de savoir pourquoi ces lois fonctionnent de telle manière et non de telle autre, la réponse est simplement qu’il en est ainsi. C’est comme si l’on se demandait pourquoi tout le monde veut être heureux et ne pas souffrir. C’est comme ça. Il faut accepter que certaines choses sont comme elles sont.

La première loi concerne la certitude des résultats. Lorsque nous faisons l’expérience du malheur ou de la douleur, il est certain qu’une telle expérience provient d’actions destructrices antérieures que nous avons commises nous-mêmes. De même, lorsque nous faisons l’expérience du bonheur, cette expérience est le résultat de notre propre engagement antérieur dans une conduite et dans des actions qui sont constructives. Le choix des termes pour exprimer cette loi est significatif : il n’est pas dit que si nous agissons de façon destructrice, la souffrance en résultera forcément, car sinon le karma ne pourrait pas être purifié ; il n’est pas dit non plus que nous serons punis. Il est dit que lorsque nous sommes malheureux, nous pouvons être certains de l’origine de cette expérience. Elle ne nous vient pas d’un être supérieur, ni de circonstances qui seraient sans rapport avec la situation. Elle n’arrive pas non plus de nulle part. Elle est due à notre propre comportement antérieur.

Dans le bouddhisme, lorsque nous parlons de la relation entre notre conduite et nos expériences de bonheur et de malheur, nous ne parlons pas de l’expérience que notre conduite provoque chez autrui. L’effet que notre comportement va avoir sur les autres n’est pas du tout certain. De même, notre expérience qui résultera de ce que quelqu’un nous fait n’est pas certaine non plus, mais lorsque nous faisons l’expérience du malheur, nous pouvons être sûrs qu’elle est le résultat de notre propre comportement destructeur antérieur. La pensée du « moi-moi-moi » cause la maturation d’un certain héritage karmique dû à notre propre conduite destructrice antérieure, et nous faisons l’expérience du malheur. Les autres ne font que fournir la circonstance permettant à la maturation de se produire.

Question : Avons-nous le choix de nos sentiments lorsque quelqu’un nous réprimande, ou avons-nous seulement le choix de la manière de réagir ?

Alex : Il est difficile de séparer la manière dont nous répondons à un certain niveau de bonheur ou de malheur et la manière dont nous ressentons effectivement ce niveau de bonheur ou de malheur, parce que si nous nous agrippons constamment au « moi-moi-moi », nous déclenchons la maturation d’un héritage karmique qui fait que nous nous sentons malheureux lorsque nous entendons la réprimande. Et à l’instant suivant, du fait de notre continuelle saisie envers le « moi-moi-moi », nous nous accrochons à ce désagrément à travers le désir puissant d’en être séparé. À son tour, cette saisie déclenche la maturation de l’envie de répondre à la personne, ce qui, à son tour, peut provoquer l’impulsion de dire des paroles désagréables ; ensuite nous pouvons passer à l’acte, prêtant voix à notre impulsion. Notre saisie peut aussi déclencher la réponse consistant à ne pas avoir envie de dire quoi que ce soit parce que nous voyons que cela ne servirait à rien, ce qui peut mener à l’impulsion constructive de garder le silence. Mais il est possible que notre saisie envers un « moi » solide nous rende encore malheureux à l’entente des paroles de réprimande et nous pousse ainsi à nous accrocher au « moi » pour qu’il se sépare de ce désagrément ; en outre, notre saisie peut aussi accompagner l’impulsion karmique de rester silencieux.

C’est très complexe. En réalité, tout dépend de la manière dont nous définissons et analysons le mot « réponse ». Dans quelle mesure faut-il qu’une réponse soit consciente et accompagnée d’une certaine volonté ou intention ? Comment comprendre les réponses automatiques ? Et qu’est-ce que cela veut dire : une réponse automatique ? Qu’est-ce-qui fait que quelque chose devient automatique ? Si nous analysons le karma avec un réglage de complexité de niveau deux, il faut passer à un réglage de niveau cinq virgule un (5,1) pour pouvoir analyser cette question correctement.

J’ai beau prendre un ton de plaisanterie, il n’en reste pas moins que c’est vraiment ainsi que nous nous y prenons pour étudier le Dharma. Ne vous contentez jamais du niveau de complexité de votre compréhension ! En fait, c’est l’un des vœux tantriques. Jusqu’à ce que nous atteignions l’omniscience d’un bouddha, il y aura toujours des niveaux de compréhension plus profonds et plus complexes au fur et à mesure que nous élargissons l’angle de vue de notre périscope et que nous commençons à tenir compte de tous les autres facteurs impliqués parce que, en fait, tout est connecté avec tout.

Question : Comment s’y prendre pour éliminer les hauts et les bas ? Pouvez-vous donner un exemple ?

Alex : Les hauts et les bas caractérisent le samsara. Pour se libérer des hauts et des bas, il faut sortir du samsara. La libération vient d’abord d’une cognition franche, non conceptuelle de la vacuité, et ensuite de la familiarisation de notre esprit avec cette cognition de sorte qu’elle devienne constante et que nous ne déclenchions plus la maturation de legs karmiques. Pour stopper le jeu de bingo karmique, nous n’avons pas besoin de nous débarrasser de toutes les balles de ping-pong, mais nous devons arrêter d’appuyer sur le bouton.

Les legs karmiques et les habitudes karmiques constantes ne sont pas des choses matérielles. Ce ne sont pas des choses concrètes, arrêtées dans notre esprit. Elles ne sont, en un sens, que des abstractions : des manières pratiques de décrire ce qui se passe. Laissez-moi vous donner un exemple simple : nous avons bu du café ce matin, cet après-midi, etc. Pour l’expliquer, nous dirions que nous avons l’habitude de boire du café. L’habitude n’est pas quelque chose de concret, arrêté dans notre tête ; ce n’est qu’une manière de regrouper et de décrire en une séquence des évènements identiques. Tant qu’il y a encore la possibilité que nous buvions du café demain, nous pouvons dire que nous avons encore cette habitude. S’il n’y a absolument plus aucune possibilité que nous buvions du café une autre fois, alors nous ne pouvons pas dire que nous ayons encore cette habitude. Elle est finie. C’est ainsi que nous nous débarrassons d’une habitude : nous éliminons la possibilité qu’un autre élément de la séquence se produise.

Question : Cela pourrait-il se réduire à être seulement complètement conscient de ce qui me rend heureux et malheureux et à ne faire ensuite que ce qui me rend heureux, et à ne pas faire ce qui me rend malheureux ?

Alex : C’est le premier pas. Ensuite, il faut approfondir et commencer à travailler avec la compréhension de la vacuité. Cependant, bien qu’il ne s’agisse que du premier pas, on ne peut pas le sauter. Nous devons faire ce premier pas pour pouvoir aller plus loin. Si nous continuons d’agir de façon destructrice, nous ne bénéficierons jamais de circonstances permettant d’aller plus profondément dans la méditation parce que nous ferons constamment l’expérience de douleurs incroyables et ainsi de suite. Lorsque nous mettons cette pièce de puzzle en regard de la précieuse renaissance humaine, nous nous rendons compte que nous avons besoin des précieuses circonstances de la renaissance humaine pour pouvoir poursuivre notre pratique. Sinon nous n’irons jamais nulle part. Pour obtenir les précieuses circonstances d’une renaissance humaine, nous devons cesser d’agir de façon destructrice, ou nous devons réduire au minimum notre comportement destructeur.

Un autre point concernant la certitude des résultats : ce dont nous faisons l’expérience à un certain moment ne correspond pas forcément à ce que nous sommes en train de faire au même moment. Tout en ayant une aventure extra conjugale, nous pourrions avoir du plaisir et faire l’expérience de bonheur. De même, si nous avions envie d’entamer une relation sexuelle avec la compagne ou le compagnon d’une autre personne et que nous nous en abstenions, nous pourrions nous sentir malheureux et frustrés. Suite à une liaison sexuelle dans le cadre d’une aventure, nous pourrions ressentir de la culpabilité, ou alors nous pourrions être contents de nous en être bien sortis. Donc, le niveau de bonheur ou de malheur dont nous faisons l’expérience n’est pas le résultat de ce que nous faisons sur le moment ni même de ce que nous faisons juste après, mais il est le résultat d’un héritage karmique de quelque chose qui s’est passé antérieurement. C’est la seule explication. Autrement, tout serait arbitraire.

Ce que quelqu’un d’autre nous fait ou ce que nous sommes en train de faire actuellement sont des circonstances, mais ces circonstances ne sont pas déterminantes pour notre ressenti. Ce qui fait vraiment jaillir une nouvelle balle de ping-pong, c’est la saisie envers un « moi » solide qui veut être heureux et non malheureux, même si c’est complètement inconscient au sens occidental du terme.

Qu’est-ce-qui fait jaillir telle balle et non telle autre ? Pour le savoir, il faudrait comprendre tous les différents facteurs qui agissent comme causes et conditions. C’est pourquoi il est dit que seul un bouddha comprend pourquoi certains legs karmiques spécifiques arrivent à maturation à un certain moment en particulier.

La deuxième loi du karma

La deuxième loi du karma est celle de l’augmentation des résultats. L’analogie habituelle est celle de la petite graine qui fait pousser un très grand arbre. Plus nous attendons avant d’essayer de nous purifier d’un acte négatif que nous avons commis, plus la force du legs karmique s’amplifie et plus les résultats deviennent forts. Par exemple, si nous avons un malentendu avec notre compagne ou compagnon, plus nous laissons faire les choses sans nous excuser et plus le malentendu grandit et empire. Côté positif, le fait d’assister à une conférence de Dharma peut avoir d’immenses résultats.

Comment comprendre cette deuxième loi ? Je voudrais essayer d’expliquer un peu ma façon de procéder lorsqu’il s’agit de travailler avec des documents de Dharma pour en retirer une compréhension plus approfondie. Il me semble utile de procéder à une analyse en termes de réseaux. Et, comme je l’ai dit, je trouve utile aussi de recourir à l’image de pièces de puzzle à assembler. Et pour ce qui est de la compréhension de l’amplification d’une action karmique, nous devons ajouter aux enseignements du karma ceux qui concernent la vacuité et la production interdépendante. L’action elle-même, cette force karmique, n’existe pas isolément, entourée d’une ligne de démarcation infranchissable ; elle ne s’amplifie ni ne gagne en force par elle-même. Ce ne serait pas en accord avec le reste des enseignements, n’est-ce-pas ? De nombreuses autres forces karmiques entrent en jeu et toutes sont reliées entre elles.

Prenons un exemple. Imaginons que nous soyons rentrés tard à la maison et que nous n’ayons pas appelé notre compagne ou compagnon pour l’en avertir. C’est le début d’un malentendu. C’est une force karmique négative. Ensuite, le lendemain matin, au lieu de lui dire : « Bonjour chéri(e) », nous passons directement à la salle de bains. C’est une autre force karmique, et elle va se raccorder à ce que nous avons fait la veille. Ensuite, sans parler, nous lisons le journal pendant le petit-déjeuner. Nous pouvons voir la force karmique s’amplifier en s’associant et en se mettant en réseau avec d’autres actions, même des actions neutres comme celle de lire le journal. Je trouve que ce genre d’exemple aide à comprendre l’enseignement sur l’augmentation des résultats. Cette petite action ne grandit pas du fait d’une force inhérente qui lui est propre mais elle s’étend de sorte que les résultats deviennent de plus en plus grands. Il ne s’agit pas d’un chose toute seule.

Il est très important, lorsque nous écoutons un enseignement du Dharma, d’essayer de le mettre en rapport avec les autres pièces du puzzle que nous connaissons. Et, comme je l’ai dit, les pièces peuvent s’assembler de multiples façons, multi dimensionnellement. La pièce « vacuité » va s’accorder à de nombreuses autres pièces du puzzle. Le Bouddha, ou tout autre enseignant, ne peut nous donner que les pièces du puzzle ; c’est à nous qu’il incombe de les assembler. Tout en assemblant les pièces entre elles, nous cultivons naturellement la patience, la persévérance, la concentration et ainsi de suite. C’est ainsi que nous progressons sur la voie. Si nous ne faisons que rassembler les pièces du puzzle pour les ranger dans un tiroir, cela ne nous mènera nulle part. Quant à nous concentrer sur une seule pièce du puzzle sans nous préoccuper des autres, cela ne va pas nous mener bien loin non plus.

Naturellement, nous ne voulons pas non plus être submergés d’un seul coup par une trop grande quantité de pièces, mais il faut également nous rendre compte et reconnaître qu’il n’y a pas toujours la possibilité d’obtenir les pièces du puzzle. Qui sait ce qui va se passer dans le monde, surtout à partir de maintenant, après le 11 septembre 2001 ? Les Tibétains considèrent toujours les choses de la manière suivante : ils vont aux enseignements, etc. pour planter des instincts dans leurs vies futures. Même si nous ne pensons pas en termes de vies futures, chaque fois que l’occasion se présente de recevoir des enseignements, et même si nous ne sommes pas tout-à-fait prêts à gérer ni à traiter les informations, ce n’est pas une mauvaise idée d’y aller pour acquérir quelques pièces de puzzle supplémentaires, sachant que nous pourrons toujours les intégrer plus tard.

Certains se mettent à angoisser parce qu’ils ont écouté trop d’enseignements. Dans ces conditions, il vaut mieux ne pas en rajouter parce que dans cet état d’esprit négatif, nous ne sommes pas réceptifs. D’un autre côté, si l’on se met à récolter des enseignements à droite et à gauche sans jamais procéder à leur traitement, alors cet état d’esprit avide, mais paresseux aussi, nous fait tomber dans un autre extrême. Les enseignements bouddhiques recommandent toujours la voie médiane entre « trop » et « pas assez ». Il faut vraiment s’armer de patience pour pouvoir endurer les difficultés liées à l’étude du Dharma ; cela signifie qu’il ne faut pas se fâcher ni se sentir frustrés, mais qu’il faut essayer d’être aussi ouverts que possible. Un jour nous serons peut-être capables de comprendre des choses que nous ne comprenons pas maintenant. Nous avons beau penser avoir une bonne compréhension de certaines choses actuellement, dans un an ou deux, lorsque nous les relierons à tout le reste que nous aurons appris d’ici là, notre compréhension sera bien différente. Elle évoluera encore et s’améliorera encore au bout d’un an. C’est une chose qui va de pair avec cette loi du karma, l’augmentation des résultats. Tout est raccordé en réseau. Rien n’existe isolément.

La troisième loi du karma

La troisième loi du karma est que l’on ne fera pas l’expérience de résultats karmiques à moins d’avoir accumulé les causes karmiques correspondantes. Après le 11 septembre, à la télévision, il y avait souvent un homme qui était le président d’une grande agence de change. Il avait sept cents employés qui ont tous été tués. Lui-même ne se trouvait pas dans le bâtiment au moment de l’attentat car il accompagnait son enfant à son premier jour d’école. Cet homme n’avait aucune cause karmique qui aurait eu pour résultat de lui faire trouver la mort dans cet attentat, une cause que tous ceux qui y ont laissé la vie n’auront pas manqué d’avoir, même si cette cause remontait à un million d’années. Quelqu’un d’autre m’a parlé d’une autre personne qui a sauté du quatre-vingt-unième étage et qui n’a eu que les jambes cassées ! Comment est-ce possible, à moins de ne pas avoir créé la cause karmique qui consiste à ne pas mourir dans ce type d’événement ? À travers ces exemples, nous pouvons en déduire que notre meilleure défense contre les catastrophes réside dans la purification de notre propre karma. Si tout le monde purifiait son karma, il n’y aurait plus de catastrophes. Cela nous montre la direction dans laquelle il faut travailler.

Comment répondre à une telle catastrophe ? Sans aucun doute, il faut essayer d’empêcher les gens de recommencer, mais le plus important est de travailler sur soi, de travailler sur notre propre karma et d’aider les autres à purifier le leur. Le bouddhisme ne préconise pas la passivité. Si une bête sauvage rôde alentour et tue les gens, nous ne disons pas « quelle bonne aubaine ! » pour méditer sur la compassion et purifier notre karma. Nous ne disons pas aux autres que si l’animal les tue, nous prierons pour eux. Il nous incombe de sortir pour essayer de l’attraper et l’enfermer. Mais ce n’est pas tout. Il faut absolument aussi que nous travaillions sur nous-mêmes.

Cela nous montre aussi comment gérer la peur. Si nous nous appliquons vraiment à purifier notre karma, alors nous n’avons rien à craindre. La liste des qualités d’un bouddha comprend l’absence de toutes sortes de peurs. Les bouddhas n’ont rien à craindre parce qu’ils ont purifié toutes les causes d’ennuis possibles.

La quatrième loi du karma

La quatrième loi du karma est que la capacité des legs karmiques à donner des résultats ne décline ni n’arrive à expiration, même après un milliard de vies. Si nous n’avons pas purifié un legs karmique négatif, celui-ci peut toujours donner de la souffrance en résultat. De manière identique, même si les circonstances ne sont pas très propices à la maturation d’un résultat heureux à partir d’un legs karmique positif, celui-ci n’est pas perdu. Si une grande guerre devait éclater maintenant, après le 11 septembre, et qu’il ne soit plus possible d’aller en Inde ou au Népal pour recevoir des enseignements, alors, quels que soient les éléments positifs qui nous auraient permis d’y aller, ces éléments restent valables. Il arrivera un certain point où les circonstances changeront.

Si nous appliquons ce principe à la renaissance, cela devient très utile, parce que quel que soit notre âge, il n’est jamais trop tard pour nous y mettre. Même à un âge très avancé, ce que nous faisons n’est jamais gaspillé. Nous ne sommes pas condamnés à rester assis dans une résidence de troisième âge à tresser des dessous de verres ou à regarder des feuilletons à la télévision. Nous pouvons faire quelque chose de constructif, et les legs karmiques positifs se poursuivront dans nos vies futures. Cela n’aura pas été en vain.

Questions

Question : J’ai entendu un enseignant occidental de bouddhisme dire que nous utilisons beaucoup de karma positif pour aller écouter des enseignements. Dans ce cas, pourquoi dédier nos potentialités positives si ce que nous venons de faire les a épuisées ?

Alex : Tout d’abord, si nous faisons l’expérience de quelque chose qui est bénéfique, comme aller à un enseignement, cela provient évidemment de l’arrivée à maturation d’un legs karmique positif antérieur. Mais rappelez-vous notre exemple du jeu de bingo : chaque fois que nous appuyons sur le bouton, nous ajoutons aussi une nouvelle balle de ping-pong dans le bac. Lorsque nous allons à un enseignement et que nous dédions les potentialités positives, cela vient ajoute d’autres causes pour continuer d’avoir de telles opportunités. Ce serait de la bêtise de ne pas aller écouter des enseignements sous prétexte de vouloir économiser des potentialités pour un jour de pluie !

De plus, un seul legs peut donner plusieurs résultats dans une vie ou dans plusieurs vies, ou un seul résultat dans une seule vie. D’un autre côté, il est possible que plusieurs legs karmiques à la fois, qui ont été accumulés en une seule vie ou en plusieurs vies, produisent plusieurs résultats ou un seul résultat. Le legs karmique qui consiste à aller à des enseignements de façon répétée peut donc se manifester de nombreuses façons. Lorsque nous commençons à travailler avec le karma et à essayer de le comprendre, il faut que nous dépassions notre manière linéaire de regarder les choses car nous nous retrouvons ici dans le multidimensionnel, le non-linéaire, et tout cela est d’une grande complexité. Ce n’est pas aussi simple que « une chose en produit une autre ». Ce n’est pas simple du tout.

Certains résultats sont éprouvés à titre individuel, d’autres à titre universel. Nous pouvons avoir des résultats en commun avec autrui, comme l’effet de serre qui nous affecte tous, y compris les animaux. C’est l’ensemble de tous les actes effectués par tout le monde qui produit ce type de résultat. Il ne faut pas croire que nous serons immunisés contre la pollution parce que nous recyclons ! Nous parlons de causes très anciennes. Ce n’est pas une plaisanterie. Cela a une lourde incidence en termes de la manière dont nous pouvons influer sur les changements écologiques. Nous ne parlons pas de résultats immédiats, ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent dans l’univers. Nous parlons de quelque chose à long terme. Cela va être très difficile. Comment faire pour éliminer le résultat d’actions qui ont été poursuivies pendant des milliards d’années ? Même si la planète entière se reconvertissait à l’énergie solaire, les effets de la consommation des combustibles fossiles seraient-ils éliminés pour autant ? Non. Il faut être réalistes lorsqu’il s’agit de créer des causes qui donnent des résultats dans un lointain futur. On ne peut pas se prendre pour le Dieu-tout-puissant et croire que l’on peut en finir d’un seul coup avec tous les problèmes du passé, ou même y mettre un terme en quelques années. Le monde est beaucoup plus complexe.

Certains résultats sont expérimentés par des groupes, comme les populations en Afghanistan et en Bosnie. Un niveau de causalité implique l’interaction de forces historiques, économiques et politiques qui ont conduit à la situation actuelle. Mais nous ne pouvons pas dire que la guerre soit le karma des États-Unis ou de l’Afghanistan, parce que ces pays ne sont pas des êtres vivants. De plus, tous les habitants de ces deux pays n’y vivent pas forcément depuis d’innombrables vies. Ils peuvent être venus de n’importe où, du monde animal et de partout ailleurs.

Ainsi, nous pouvons entrevoir à quel point ces forces karmiques sont d’une complexité incroyable. Tous les actes effectués par tout le monde en un certain lieu et à une certaine époque constituent la situation politique, économique et historique ; mais ensuite, les individus vont naître ailleurs et d’autres vont naître à leur place dans la situation qu’ils ont laissée, etc. Ce que les autres ont fait ces jours-ci peut créer de main d’homme les circonstances dans lesquelles nous pouvons renaître en résultat d’une situation semblable que nous avons contribuée à créer plusieurs siècles auparavant. Dans ce cas, il faudrait que nous ayons accumulé le karma de naître maintenant dans ces circonstances actuelles, sans avoir nécessairement créé les circonstances actuelles. Tout devient très vite très compliqué lorsque nous nous penchons sur ce sujet. Tous les individus qui meurent dans une certaine guerre n’ont pas forcément fait la guerre ensemble dans une vie antérieure. C’est une possibilité, mais ils ont pu aussi être des animaux carnivores qui ont tué d’autres animaux en d’autres lieux et en d’autres temps. Ces personnes peuvent être venues de toutes sortes d’endroits.

Question : Quelle sorte d’attitude devrions-nous adopter lorsque nous éprouvons les résultats d’un certain karma, comme la perte d’un être aimé dans les tours jumelles ? Comment faire pour y répondre sans ajouter une autre balle de ping-pong ?

Alex : D’abord, nous devons être réalistes : il est très difficile à notre stade de ne pas ajouter d’autres balles de ping-pong en nous mettant en colère. Lorsque nous commençons un peu à comprendre les enseignements sur la cause et l’effet comportementaux, la vacuité, la production interdépendante et ainsi de suite, nous nous rendons compte que, de façon réaliste, il nous faudra beaucoup de temps pour nous purifier, et qu’il en faudra encore plus pour que tout le monde, sans exception, se purifie. Mais même si cela prendra beaucoup de temps, cette pensée nous donne le courage de continuer quoiqu’il arrive. Si nous voulions devenir médecins et que nous voyions à l’avance tout ce que nous devrons apprendre, nous pourrions nous sentir dépassés et abandonner la partie. Mais le but d’aider les autres est vraiment ancré dans notre esprit, alors nous avons le courage d’avancer pas à pas, même si cela représente une quantité incroyable d’entraînements. Nous y allons pas à pas avec réalisme, c’est tout.

Je n’insisterai jamais assez sur le fait que le samsara monte et descend. Évidemment, il y aura des guerres ; nous serons blessés ; notre méditation ira bien un jour et terriblement mal le lendemain, et ainsi de suite. À quoi s’attendre d’autre ? Avec de telles perspectives, nous ne nous décourageons pas. Nous allons notre chemin. Tantôt les circonstances nous sont propices, tantôt elles ne le sont pas. Tout en adoptant une attitude réaliste, nous comprenons que nous ne serons pas débarrassés des hauts et des bas avant d’atteindre le stade d’arhat. Donc, nous acceptons les épreuves et les hauts et les bas, tout en continuant quoiqu’il advienne. Nous n’espérons pas non plus de miracles car il n’y en pas. « Oh, ma méditation va s’améliorer de jour en jour, ce sera l’extase et… ». Il ne faut pas y compter.

En ce qui concerne notre attitude envers ceux qui ont été tués, nous ne pensons en aucun cas qu’ils ont mérité d’être punis parce qu’ils ont accumulé du karma négatif. Mais nous pouvons espérer qu’en trouvant la mort dans ces circonstances, des conditions beaucoup plus favorables feront arriver à maturation leur karma positif dans leur vie prochaine. « Puissent-ils bénéficier, maintenant et dans le futur, de conditions propices qui leur permettront de faire une expérience de vie beaucoup plus positive et d’avoir moins de souffrance. » Nous ne sommes guère différents d’eux. Nous n’étions pas dans le bâtiment, alors ces circonstances particulières n’étaient pas présentes pour faire arriver à maturation notre karma négatif, mais cela pourrait nous arriver une autre fois. Si nous considérons nos vies depuis les temps sans commencement, nous avons tous beaucoup d’héritages karmiques négatifs à notre actif.

Nous pouvons penser aux conséquences que devront essuyer ceux qui ont projeté et mis en œuvre l’attaque, aux incroyables souffrances dont ils feront l’objet. Ce n’est pas à nous de les punir. La tradition cite l’exemple suivant : si quelqu’un a pris feu, à quoi bon le frapper ? De toutes façons ils feront l’expérience d’incroyables souffrances. En rajoutant encore à leur souffrance, nous ne faisons que créer des causes qui nous feront nous-mêmes souffrir. Les résultats karmiques arrivent naturellement, nous n’avons pas besoin d’être des agents de résultat.

Ces réflexions soulèvent de très intéressantes questions d’ordre social. Punir ceux qui agissent de manière destructrice ne sert à rien. Cela ne purifie nullement l’héritage karmique susceptible de les pousser à répéter de tels actes dans le futur et ne fait que créer des legs karmiques négatifs pour nous. Les enfermer est, sans aucun doute, une mesure à mettre en œuvre pour les empêcher à court terme de continuer de nuire à autrui, mais ce n’est pas la prévention ultime. La réinsertion, au sens superficiel du terme, ne va pas non plus les éduquer ni les motiver pour qu’ils purifient leur propre karma. Et s’ils n’ont pas purifié leurs legs karmiques, ils répèteront des actions destructrices dans d’autres vies. Les legs karmiques ne se détériorent pas si l’on ne s’en débarrasse pas à travers la compréhension de la vacuité.

Question : Y a-t-il un moyen de purifier un karma collectif ou universel ?

Alex : Le seul moyen est que chacun se purifie soi-même. Nous ne pouvons pas purifier le karma des autres. Nous pouvons les aider en leur montrant le moyen de le faire eux-mêmes et en essayant de leur fournir des circonstances propices, mais c’est à chacun individuellement qu’il incombe de purifier son karma.

Cela a de nombreuses implications, en particulier en ce qui concerne les mouvements écologiques. Il n’y a pas de possibilité de mettre fin au problème écologique, sauf si tout le monde en finit avec le samsara. Réfléchissez. À cause de nos héritages karmiques, nous sommes nés avec ce corps limité en tant qu’êtres humains, animaux ou autre. Quelles sont les caractéristiques de ce corps limité, pollué et samsarique ? Ce corps produit des déchets liquides, des déchets solides et de l’oxyde de carbone. C’est bien ce que fait ce corps ? À moins que tout le monde cesse de prendre renaissance dans ce type de corps limité, il n’y a pas de possibilité de résoudre le problème écologique.

Ce n’est pas très joli à dire, mais comme l’ont dit quelques grands maîtres, dont Sa Sainteté le Dalaï-Lama : « La biologie décrit le samsara ». L’impulsion sexuelle de se reproduire, la vieillesse, la maladie, la mort – c’est de la biologie. Nous avons un corps limité, nous avons un esprit limité aussi. La vue humaniste qui prête un caractère sacré à la biologie et à l’état « naturel » et tout ce qui va avec, est très attirante au premier coup d’œil, jusqu’à ce que l’on y regarde d’un plus près. Je signale souvent la différence entre le « Dharma light » et le « Dharma intégral ». Le « Dharma light » est une sorte de version humaniste : il faut être gentil, ne pas faire de mal et tout sera comme Bambi et Disney Land. Cela aide, mais ce n’est pas « du vrai ». Pour avoir « du vrai », il faut se pencher sur la biologie, voir ce qu’elle fait et reconnaître que c’est ce que nous voulons surmonter. Cela n’implique pas l’idée que notre corps soit l’œuvre du diable, ce qui nous ferait tomber dans un autre extrême. Nous utilisons le corps que nous avons pour faire des progrès, mais nous n’en faisons ni un objet de culte de la beauté, ni une source d’émerveillement. Il n’est ni l’un, ni l’autre.

[Voir : « Dharma-light » versus « Dharma intégral ».]

Question : Avant l’illumination et l’enseignement du Bouddha, comment les êtres purifiaient-ils leur karma ?

Alex : Nous arrivons maintenant à un sujet difficile à traiter pour nous, Occidentaux : c’est le concept de l’absence de commencement. De même qu’il n’y a pas de commencement au samsara, il n’y a pas de commencement non plus à l’atteinte de la bouddhéité. Bien que nous trouvions le terme Adi-Bouddha dans les enseignements de Kalachakra, ce terme ne désigne pas la première personne à jamais avoir atteint la bouddhéité. Il n’y a pas de premier bouddha historique. Il n’y a pas de manière logique de présenter un premier bouddha dans le contexte de la cause et de l’effet. Comment serait-il devenu ce bouddha ? Grâce à une certaine créativité spéciale qu’il aurait portée en lui ? Il aurait fallu que quelqu’un lui apprenne et lui montre la voie, et ce quelqu’un aurait dû atteindre lui-même la bouddhéité auparavant. Adi-Bouddha désigne la bouddhéité fondée sur l’état primordial, la pureté primordiale fondamentale de l’esprit. Il y a toujours eu des bouddhas et des enseignements, même s’il a pu arriver que les enseignements ne soient pas toujours retransmis. Il y a évidemment eu des âges de ténèbres – nous parlons du samsara, ça monte et ça descend.

Question : Qu’advient-il du sentiment de bonheur après une aventure avec le compagnon ou la compagne de quelqu’un d’autre ?

Alex : Selon la première loi du karma, toute expérience de bonheur est le résultat d’une conduite constructive. Certaines personnes pourraient avoir des relations sexuelles tout le temps sans jamais faire l’expérience du plaisir et sans jamais être satisfaites. Ce serait le résultat d’un comportement antérieur destructeur qui pourrait remonter à beaucoup de vies antérieures. D’autres pourraient avoir du plaisir sexuel, même si c’est avec le compagnon ou la compagne de quelqu’un d’autre. C’est pour cette raison que je disais que ce n’est pas linéaire. Toute expérience est faite de multiples composants, chacun d’eux arrivant à maturation en même temps à partir de beaucoup d’autres choses.

Question : Mais n’est-ce pas une mauvaise chose d’avoir une relation sexuelle avec la compagne ou le compagnon de quelqu’un d’autre ?

Alex : C’est exactement là où nous en arrivons ! L’acte d’adultère est un acte négatif ; en tant que tel, il résultera tôt ou tard dans une expérience malheureuse, mais pas nécessairement tout de suite après l’acte, ni pendant qu’il est commis. C’est pourquoi l’analyse des différents types de résultats et des différents types de causes est très complexe. Si nous avons une relation sexuelle et si nous en retirons une expérience de bonheur, l’acte physique d’avoir la relation sexuelle ne fait que fournir une circonstance propice à la maturation du bonheur, il n’est pas la cause karmique du bonheur. De même, si nous nous cognons le pied contre la table et que cela nous fait mal, le fait d’avoir des nerfs dans le pied est une cause qui provoque la sensation de douleur. Mais ici, avec le karma, nous parlons d’un résultat qui arrive à maturation. Une certaine action a une certaine retombée sur le continuum mental qui, à partir de circonstances multiples, ne manquera pas de produire une expérience sur ce continuum mental. Nous en sommes maintenant au troisième degré de difficulté dans notre discussion sur le karma.

Question : Comment le bouddhisme explique-t-il que nous ne puissions pas nous souvenir de nos vies passées ?

Alex : Nous souvenons-nous de ce que nous avons mangé à midi il y a trois mois et de chaque mot que nous avons prononcé au cours de la conversation que nous avons eue lors de ce repas ? Nous souvenons-nous de chaque mot que nous avons prononcé hier et même de chaque mot que nous avons prononcé il y a cinq minutes ? Il est possible que nous nous en souvenions, mais en général, ce n’est pas le cas. Le fait de ne pas pouvoir nous rappeler ce que nous avons fait hier ou lorsque nous avions trois ans ne change rien à ce que nous avons fait hier et ne contredit pas que nous ayons eu trois ans un jour. Il met seulement en évidence une autre limitation due au type de corps et d’esprit que nous avons. Il est possible de se souvenir de ses vies passées, c’est le cas de certaines personnes, mais c’est très difficile à cause du type de matériel (angl. hardware) que nous avons. Simplement, nous ne retenons pas toutes ces informations, ce qui mène à une discussion sur la mémoire et son fonctionnement. Le bouddhisme a beaucoup à dire à ce sujet, mais c’est très complexe. Une autre fois.

Question : Si quelqu’un est victime de mauvais traitements sexuels, cela veut-il dire qu’il a infligé de mauvais traitements sexuels à quelqu’un d’autre ?

Alex : L’une des choses qui arrive à maturation à partir des legs karmiques est de faire l’expérience de choses semblables à celles que nous avons faites aux autres. Alors la réponse est « oui », mais d’autres facteurs karmiques pourraient s’associer, alourdissant ou allégeant ce dont nous faisons l’expérience en résultat de notre acte antérieur d’avoir infligé de mauvais traitements. Gardez présent à l’esprit que ce n’est pas linéaire. Ce n’est pas : « une cause karmique donne une expérience ». Il y a tellement de choses différentes qui arrivent simultanément !

Les facteurs qui influent sur la force d’un résultat karmique

Il y a tant à dire sur le karma et nous n’avons pas beaucoup de temps ! Un point que je désire aborder est celui des facteurs qui influent sur la force de maturation du karma. Il y en a tellement ! J’ai ici une liste traditionnelle qui en compte douze. Je vais les mentionner brièvement :

  1. La nature de l’acte impliqué. Tuer quelqu’un est un acte plus lourd que lui voler sa voiture.
  2. La force de l’émotion perturbatrice qui accompagne l’impulsion. Étions-nous vraiment en colère, un peu en colère, ou autre chose ?
  3. Si une attitude déformée antagoniste accompagne l’acte. Tirer simplement sur quelqu’un, et tirer sur quelqu’un avec l’attitude mentale de penser qu’il est d’une race inférieure qu’il faut exterminer donneront des résultats différents.
  4. La quantité de souffrance causée. Les résultats sont différents si l’on tue rapidement ou si l’on torture à mort.
  5. Le support visé par l’acte. Cela se rapporte à la quantité de bienfaits que nous-mêmes ou d’autres avons reçus de la part de l’objet de notre action, ou à la quantité de qualités positives qu’il possède. Assassiner Mahatma Gandhi est beaucoup plus lourd que tuer une personne ordinaire. Il y a une différence entre frapper un moine ou une moniale et frapper un voleur.
  6. Le statut ou le stade d’accomplissement de l’être visé par l’acte. Blesser un aveugle ou un malade est plus lourd que blesser une personne en bonne santé.
  7. Le niveau de considération, ce qui nous renvoie au respect que nous éprouvons envers l’être concerné. Mentir à notre professeur est beaucoup plus lourd que mentir à quelqu’un dans la rue.
  8. Les conditions de soutien. Tuer des moustiques alors que nous avons prononcé le vœu de ne pas tuer est plus lourd que si nous n’avions pas prononcé un tel vœu.
  9. La fréquence. Tuer une biche une fois est beaucoup plus léger que chasser la biche tous les jours.
  10. Le nombre de personnes impliquées dans l’exécution d’un acte. Commettre un acte individuellement n’est pas aussi lourd que le commettre en masse.
  11. Le suivi : si nous répétons l’acte ou non. La répétition d’un acte le rend de plus en plus lourd.
  12. L’absence ou la présence de forces d’opposition selon que nous éprouvions ou non du regret d’avoir commis l’acte, selon que nous essayions ou non de le purifier et ainsi de suite.

L’analyse de la force des résultats est très complexe. Il y a aussi l’analyse de l’achèvement d’une action. Si nous tuons des insectes en conduisant notre voiture, du fait qu’il n’était pas dans notre intention de prendre la route pour tuer des insectes, le résultat sera plus faible que si nous tuons un insecte avec la tapette à mouches. Si nous abattons accidentellement une personne qui se trouve à côté de la cible que nous visons, le résultat est plus faible que si nous abattons la personne que nous visons. Si nous disons un tas de choses affreuses à quelqu’un qui ne nous entend pas, l’action n’est pas achevée, bien qu’il y aura encore des résultats karmiques.

Il en va de même pour ce qui est des actes positifs. Effectuer en groupe une pouja ou une cérémonie rituelle a beaucoup plus d’effets que si on la fait tout seul. La faire de façon répétée a un effet beaucoup plus grand que si on la fait une seule fois. Également, le résultat sera plus fort si nous procédons à la récitation en pensant à tous les êtres, par opposition à le faire sans rien ressentir ou sans rien y comprendre, juste en répétant blablabla en tibétain. Le karma est un thème de discussion très vaste.

Le karma de projection et le karma d’achèvement

De nombreux legs karmiques arrivent ensemble à maturation pour former la situation dans laquelle nous prenons naissance et d’autres arrivent à maturation pour former ce dont nous faisons l’expérience au cours de cette renaissance, notre niveau de bonheur et ainsi de suite. Un acte effectué avec une intention et une motivation très fortes peut fonctionner comme karma de projection. En d’autres termes, il peut nous projeter dans un autre état de renaissance. Rappelez-vous que les legs karmiques déterminent le type de renaissance que nous prenons, l’expérience de la situation dans laquelle nous sommes nés, l’expérience de ce qui nous arrive, l’expérience de nos sentiments de bonheur ou de malheur, et l’expérience d’avoir envie de faire quelque chose. N’importe quel acte que nous effectuons peut donner un seul résultat ou tous ces résultats, une fois ou plusieurs fois en fonction de son poids. S’il y a une très forte intention de faire du mal ou d’apporter de l’aide à beaucoup de gens, alors cet acte peut agir comme karma de projection et résulter dans notre expérience d’un certain type de renaissance. En outre, l’émotion d’accompagnement, par exemple une forte colère ou une forte avidité, ou encore une forte compassion ou une forte affection, peut aussi faire de l’impulsion karmique un karma de projection.

Si l’intention et l’émotion d’accompagnement ne sont pas tellement fortes, l’acte peut agir comme karma d’achèvement, ce qui signifie qu’il achève les circonstances d’une renaissance. Notre karma de projection résulte dans une renaissance humaine, mais nous naissons en un lieu de famine ou sans possibilités. Ou encore, nous sommes projetés dans une renaissance en tant que chien, mais nous sommes l’animal de compagnie du Dalaï-Lama.

L’ordre de maturation

Si nous nous demandons quel legs karmique arrivera à maturation au moment de notre mort pour former notre vie prochaine, c’est en général celui qui a le plus de poids, qu’il soit positif ou négatif. Si rien n’est particulièrement fort, alors ce qui se manifestera au moment de la mort agira comme karma de projection. C’est pour cette raison que la façon dont nous mourons est très importante. Nous ne voulons mourir avec de grands sentiments d’attachement, de colère ou de peur. Je plaisante parfois que si nos dernières paroles sont « Merde alors ! » – alors c’est la renaissance instantanée en mouche ! Il faut faire attention. Il est intéressant de voir ce qui nous vient à l’esprit dans une situation de grand danger car cela en dit long sur notre passé karmique.

Si la mort nous surprend dans un état d’inconscience, de sommeil ou de coma, alors les actes auxquels nous sommes les plus habitués vont former la vie suivante. Si tout est à égalité, alors quoi que nous ayons fait auparavant va arriver à maturation. Cela ne renvoie pas à ce que nous avons fait le premier jour de notre naissance ! Cela peut renvoyer à la première chose importante que nous avons faite dans notre vie, comme fonder une famille ou faire des études.

La certitude des résultats

Ensuite il y a des différenciations selon la certitude du moment où les résultats d’une action karmique arriveront à maturité. Ces différenciations sont effectuées selon qu’une action ait été fermement engagée (c’est-à-dire : effectivement réalisée) ou non et selon que ses potentialités karmiques aient été complètement rassemblées (c’est-à-dire : préparées à l’avance) ou non. Ainsi, nous pouvons voir qu’il y a quatre possibilités : nous avons préparé une action et nous l’avons exécutée ; nous l’avons préparée, mais nous ne l’avons pas exécutée ; nous ne l’avons pas préparée, mais nous l’avons exécutée ; nous ne l’avons ni préparée, ni exécutée.

Il est important d’avoir une compréhension correcte ici. Les legs karmiques de n’importe quel acte destructeur appartenant à n’importe laquelle de ces quatre catégories possibles peuvent être purifiés au point où il est certain qu’aucun résultat n’arrivera à maturation à cause d’eux. Mais s’ils ne sont pas purifiés, alors il est certain que des résultats arriveront à maturation. C’est la quatrième loi du karma, vous vous rappelez ? Mais dans cette seconde division, seule une action que nous avons préparée et effectivement engagée permet d’être certains dans quelle vie ses résultats entameront leur maturation. Pour les autres, la vie dont il s’agit est incertaine. Il y a trois possibilités : cette vie, la vie prochaine, ou n’importe quelle vie après la prochaine.

Étant donné que beaucoup d’entre nous ne pensent pas vraiment en termes de vies futures, il est intéressant de savoir ce qui a la possibilité d’arriver à maturation dans cette vie :

  1. Un acte destructeur commis par considération extrême pour notre corps, nos possessions ou notre vie. « C’est TOI qui m’a volé MA voiture. Tu vas voir si je t’attrape ! ».
  2. Un acte constructif effectué par considération extrême pour notre corps, nos possessions ou notre vie, comme être prêts à risquer notre vie pour sauver quelqu’un.
  3. Avoir des pensées extrêmes de méchanceté envers un être limité. Les crimes de haine sont inclus ici.
  4. Des actes effectués avec des pensées extrêmes de compassion ou d’empressement pour aider autrui, comme se consacrer au bénévolat dans les maisons de retraite, ou autre chose de ce genre.
  5. Des pensées extrêmes de nuire à la Triple Gemme ou aux enseignants spirituels. Il est très intéressant de constater que peu après la destruction de la plus grande statue mondiale du Bouddha par les Talibans, un désastre incroyable s’est abattu sur eux avec l’invasion américaine.
  6. Des actes extrêmement positifs fondés sur la foi dans les qualités positives du Bouddha, du Dharma et du Sangha. Ceux-ci comprennent les actes de donner des ressources financières, mettre des textes à disposition, rendre possible un centre de Dharma, etc. du fait d’être persuadé que ces actes sont bénéfiques. J’ai une question à ce sujet : qu’en est-il si nous avons la très forte et sincère croyance que le catholicisme est bénéfique et que, de ce fait, nous construisions une église ? Cela donnerait-il aussi des résultats positifs dans cette vie, ou pour parler en termes chauvins, faut-il être bouddhistes pour en bénéficier ? Cette question a été posée en Italie à Serkong Rinpotché, mon professeur. Quelqu’un a posé la question suivante : « Si l’on est bouddhiste et que l’on prenne refuge dans la Triple Gemme, peut-on encore aller à l’église ou est-ce un acte négatif ? » Rinpotché a répondu en demandant si aller à l’église et suivre les enseignements du catholicisme qui sont l’amour, la compassion, le pardon, la charité, la prière pour la paix mondiale et ainsi de suite, était contraire à la direction sûre du refuge. En aucun cas. Ce n’est absolument pas un problème. Ainsi, construire une église, une université ou un hôpital pour aider autrui tombe aussi dans cette catégorie. De même, détruire des églises et ainsi de suite amène rapidement des résultats négatifs.
  7. Des actes destructeurs causés par un manque de gratitude envers ceux qui nous ont le plus aidés : nos parents, nos professeurs spirituels, etc. Par le simple fait de nous avoir mis au monde, nos parents nous ont grandement aidés. Si nous commettons des actes lourds de négativité à leur encontre, les résultats arriveront à maturation dans cette vie.
  8. Des actes fortement constructifs effectués envers ceux qui nous ont le plus aidés, avec le souhait de leur rendre leur bonté, tels que nous occuper de nos parents à l’âge de la vieillesse avec le souhait de leur rendre leur bonté, ou aider un professeur spirituel dans son entreprise d’être bénéfique pour autrui.

Si, nous planifions et menons effectivement à bien de telles actions, alors le résultat va arriver à maturation dans cette vie. Nous voyons ici que nous pouvons faire beaucoup pour façonner notre expérience. Même si nous n’avons pas la force de nous retenir de commettre certains actes destructeurs, nous pouvons les alléger en n’en étant pas fiers, en en diminuant la fréquence et ainsi de suite, et en ayant le souhait de finir par en triompher. Nous ne faisons peut-être pas beaucoup d’actes positifs, mais lorsque c’est le cas, alors nous essayons vraiment d’y mettre tout notre cœur. Nous pouvons faire beaucoup pour modifier le résultat de nos actes – atténuer les résultats de nos actions négatives et renforcer ceux de nos actions positives.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, le karma ne parle pas de fatalité, de destin et ainsi de suite. C’est un thème très complexe, mais lorsque nous connaissons quelques-uns de ses tenants et aboutissants, alors nous pouvons nous mettre à travailler avec et à façonner nos expériences. Les résultats karmiques de presque tout ce que nous faisons se manifesteront à travers nos expériences dans nos vies futures, mais certaines actions vraiment très fortes peuvent façonner cette vie. Ne soyons pas déçus si les choses n’arrivent pas à maturation dans cette vie. Comme nous l’avons dit, les legs karmiques n’ont pas de date limite d’expiration. Lorsque nous parlons de la certitude de la maturation de quelque chose, nous parlons du moment où il entamera sa maturation. Beaucoup d’actes karmiques donneront une longue série de résultats, ainsi une forte action positive ou négative peut entamer sa maturation dans cette vie et la poursuivre ensuite dans de nombreuses vies futures.

Dernières questions

Question : Pouvez-vous expliciter la manière de s’y prendre pour ne pas appuyer sur le bouton, pour reprendre votre exemple du bingo karmique ?

Alex : Nous progressons par stades, par paliers. Au stade initial, lorsque l’élan d’agir de façon destructrice se manifeste, nous n’en faisons rien. Comme l’a conseillé le grand maître indien Shantidéva dans L’Engagement dans la conduite du bodhisattva : « Reste comme une souche de bois ». C’est pour cette raison qu’il est important de nous calmer et de prendre l’habitude d’être attentifs ou conscients par rapport à ce qui se passe dans notre for intérieur : nous sommes alors en mesure de remarquer si une impulsion destructrice apparaît, et nous ne passons pas à l’acte. Il faut ralentir suffisamment pour pouvoir s’en rendre compte et exercer la maîtrise de soi. À un niveau très profond, il est nécessaire de surmonter la saisie envers le « moi » qui est la cause de différentes maturations. Pour cela, il est nécessaire de travailler avec la compréhension correcte de la vacuité. Cela nous mène au grand thème de la purification pour lequel nous n’avons vraiment pas de temps ce week-end.

Question : Quel est le sens de l’estime de soi dans le bouddhisme ?

Alex : Un synonyme de l’estime de soi pourrait être la confiance en soi, qui est l’un des quatre piliers de la persévérance joyeuse mentionnée par Shantidéva. Elle est décrite comme de la constance, comme le fait d’être constant. La confiance en soi est le sentiment que nous sommes capables de pratiquer, de faire des avances, de nous défendre si nous sommes attaqués. etc. Lorsque nous avons confiance en nous, nous avons davantage d’assurance dans ce que nous faisons. Si nous avons une déficience dans ce domaine, ce que je pense être le cas de beaucoup d’Occidentaux, alors il y a ce sentiment que nous ne sommes bons à rien ou pas assez bien, ou que nous sommes incompétents, que quelque chose ne tourne pas rond chez nous et ainsi de suite. Dans ce cas, nous ne sommes pas du tout constants et nous manquons d’assurance.

Dans le bouddhisme, nous réaffirmons notre nature de bouddha pour nous aider à avoir confiance en nous. Nous avons absolument la capacité et la potentialité d’atteindre l’illumination pour aider les autres au maximum. C’est ce à quoi se réfère la nature de bouddha. Évidemment, ce sera un travail dur, mais c’est possible si nous nous y employons avec constance. La plupart du temps, dans mon travail, je n’essaie pas seulement d’expliquer les idées du bouddhisme à travers la terminologie standard, j’essaie aussi de les relier à la façon dont nous voyons notre expérience, ce qui, pour beaucoup d’entre nous, se fait en termes de psychologie occidentale, d’où l’emploi de termes comme « estime de soi », « manque d’assurance », « insensibilité », « hypersensibilité » et autres.

Question : Lorsque nous disons que « les choses sont le résultat d’actes effectués dans des vies antérieures », est-ce quelque chose auquel il faut croire par simple foi, ou est-ce quelque chose qui peut être prouver d’une certaine façon ?

Alex : Cela nous ramène à la discussion sur comment expliquer ce qui arrive : est-ce la malchance, est-ce le destin, etc. ? Quelle sorte d’explication est satisfaisante ? Voyez tous les grands lamas et pratiquants qui ont été mis en camp de concentration et torturés à mort par les communistes chinois. Est-ce qu’il n’y a pas de cause ? La compréhension bouddhique du karma est celle qui semble avoir le plus de sens. Tout au moins, c’est celle qui a le plus de sens à mes yeux. C’est à chacun et chacune d’examiner individuellement la question. Qu’est-ce qui a le plus de sens à nos yeux ? Quelle explication a le plus de sens pour nous, mais encore : quel style de vie ou quelle approche de la vie en découlent ? Si nous pensons que tout arrive au petit bonheur la chance, où cela nous mène-t-il ? À nous mettre des amulettes porte-bonheur autour du cou ?

Avant d’accepter ou de rejeter la position du bouddhisme, il nous incombe de vraiment l’étudier et de la comprendre correctement. Si nous la comprenons mal, nous pourrions être tentés de la rejeter sans autre forme de procès. L’explication bouddhique du karma et de la renaissance est vraiment très compliquée, avec de nombreux tenants et aboutissants, et très difficile à comprendre. Je pense qu’il est utile de se rendre compte que ce sont des sujets importants dans le bouddhisme, ainsi, même si nous ne comprenons pas tout aujourd’hui, nous pouvons nous résoudre à y travailler au lieu de simplement adopter une attitude de rejet. Beaucoup de gens très intelligents ont trouvé que ces enseignements sont vrais, et voyez ce qu’ils ont été capables d’accomplir ! Cela devrait nous pousser à y regarder de plus près. Les grands maîtres n’étaient pas des imbéciles.

Question : Pouvez-vous en dire plus sur la relation entre la vacuité et le karma ?

Alex : Il est en fait quasiment impossible de comprendre le karma sans comprendre la vacuité. La vacuité est l’absence de façons impossibles d’exister. Nous devons identifier les façons impossibles dont les causes et les effets pourraient marcher. Il est impossible que tout provienne d’une seule et même cause, ou de l’absence de cause, ou d’une cause sans rapport avec le sujet, ou que les choses arrivent de façon linéaire comme, par exemple, une chose donne un résultat. Il est impossible aussi que le résultat existe déjà vraiment au moment de la cause, comme c’est le cas dans l’idée de la prédétermination, ou qu’il existe en quelque sorte de façon inhérente dans la cause ou dans ses retombées causales, d’une manière non manifeste, en attente de circonstances propices pour jaillir et apparaître. Il est impossible aussi qu’au moment de la cause, le résultat soit vraiment et totalement non existant et que, plus tard, il sorte simplement du néant. Avec la vacuité, nous éliminons la pensée que ces façons impossibles puissent être correctes. Ensuite, il nous reste un réseau où tout est inter relié et où tout influe sur tout le reste. Il y a de nombreux niveaux de complexité relatifs à ce qui est impossible et à ce que ce nous désignons effectivement par le terme « inter relation ». Il faut approfondir ces points par étapes et c’est un processus très long.

Question : Combien de temps faut-il pour renaître ?

Alex : Il y a une période intermédiaire appelée bardo, entre la mort et la conception. La question soulevée ici est celle du moment où la conception se produit effectivement. À quel moment le support physique constitue-t-il un support viable pour un continuum mental ? C’est une grande discussion. Il est dit que le bardo est une période de sept jours qui peut se répéter jusqu’à sept fois, ce qui fait quarante-neuf jours au total, mais il peut finir avant. Également, on peut renaître pour quelques jours en tant qu’insecte, repasser quarante-neuf jours dans le bardo et ainsi de suite. Il y a beaucoup de variantes ici.

Question : Peut-on avoir des relations avec la même personne sur plusieurs vies ?

Alex : Oui, nous avons des relations karmiques avec les autres, à travers lesquelles nous inter agissons avec la même personne, avec le même continuum mental, dans plusieurs vies. Le type de relation que nous aurons avec la personne dans une autre vie dépendra des différents facteurs qui influent sur le poids du karma. Si nous nous sommes comportés de manière horrible avec quelqu’un mais que nous soyons gentils maintenant, alors la négativité pèsera moins lourd. Si nous avons seulement été méchants et que nous agissions maintenant aussi de manière négative, le poids de la négativité en sera d’autant plus lourd. Le principe est le même sur une ou plusieurs vies.

Question : L’euthanasie résulte-t-elle dans un karma positif ou négatif ?

Alex : Cela devient très compliqué. La force du résultat de l’acte de tuer sera influencée par la motivation et l’émotion d’accompagnement. Avec l’euthanasie, l’intention d’ôter la vie de l’autre personne est là, mais il n’y a pas d’intention de lui faire du mal. L’émotion d’accompagnement est la compassion, l’amour et ainsi de suite. Qu’il y ait de la naïveté ou non est une autre question. Nous faisons beaucoup de choses en croyant aider quelqu’un, alors qu’en fait il n’en est rien. La souffrance conséquente à l’euthanasie serait très faible. Penser avec compassion est un acte positif qui aurait des résultats positifs. Ce qui en ferait une action de bodhisattva serait le fait de reconnaître qu’il en résultera une certaine souffrance et, malgré cela, être prêt à la prendre sur soi pour faire du bien à l’autre personne. La plupart d’entre nous ne sont pas confrontés à ce problème en ce qui concerne des êtres humains, mais beaucoup y sont confrontés à travers leurs animaux familiers, chiens et chats. Il faut vraiment examiner de près notre motivation.

Question : Vous avez fait mention de l’astrologie. Comment l’utilisez-vous ?

Alex : L’astrologie indique seulement des possibilités. C’est comme un bulletin météo et elle ne rend qu’une image partielle du karma. Personnellement, j’ai utilisé l’astrologie comme un moyen pour aiguiser mon antenne de sensibilité et d’intuition dans mes rapports avec autrui. Si, lorsque je suis avec quelqu’un, je sens intuitivement comment me relier à cette personne, alors je consulterais peut-être son thème astral pour confirmer ou modifier mon approche. Cela donne une idée de ce à quoi il faut veiller et de ce qu’il faut convient d’éviter avec l’autre personne, indique s’il peut y avoir des heurts et ce qui serait le plus harmonieux. J’ai cependant découvert, au fil de nombreuses années d’expérience, que ce n’est pas complètement fiable. Certaines personnes n’ont pas d’aspects forts dans leur thème, il n’y a pas de raison de prédire une relation proche à partir de leur thème, et pourtant il y en a une qui s’établit. Je n’exclue pas la personne sous prétexte qu’il n’y a pas ni trigone ni conjonction, ni autre aspect planétaire.

Ce que j’ai trouvé le plus utile en astrologie, en termes de développement personnel, est que cela m’a aidé à surmonter l’impression qu’il n’y a que très peu de gens avec qui je peux vraiment bien m’entendre et avoir une relation profonde. Si l’on qualifie de proche une relation caractérisée par plusieurs conjonctions et trigones dans un thème astral, alors c’est probablement le cas avec une centaine de millions de personnes, si ce n’est un milliard. Ce n’est absolument pas limité à un ou deux individus. Nous pourrions avoir des relations très proches avec tellement de gens ! Cela m’a fait l’effet d’une libération en termes d’ouverture à des relations très étroites et très importantes avec un très grand nombre de personnes. L’astrologie joue aussi un rôle significatif dans les enseignements de Kalachakra, donc mon étude de l’astrologie m’a aidé à apprécier cet aspect que certains trouvent très difficile à intégrer dans leur travail.

Dédicace

Puisse la force positive issue des actions constructives d’être ici, d’écouter, d’enseigner et ainsi de suite, agir comme cause pour que nous atteignions tous et toutes l’illumination et qu’ainsi nous devenions capables d’aider tous les autres à l’atteindre aussi. Quelle que soit la compréhension que nous avons obtenue, puisse-t-elle devenir de plus en plus profonde et se mettre en réseau avec tout ce que nous avons compris et que nous comprendrons dans le futur. Grâce à cela, puissent des résultats commencer à se manifester le long de la voie pour que nous puissions utiliser ces enseignements et notre compréhension afin d’aider au mieux chacun et chacune.