Les Archives Berzin

Les Archives bouddhistes du Dr. Alexander Berzin

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Le Soutra du cœur :
Le Soutra du cœur de la conscience discriminante à longue portée,
la Grande-Dame-Vainqueur-surpassant-tout

(bCom-Idan-'das-ma Shes-rab-kyi pha-rol-tu phyin-pa'i snying-po,
skt. Bhagavati Prajnaparamita-hrdaya)
Traduit du tibétain en américain à la lumière du sanskrit par Alexander Berzin, 2004
Traduit de l’américain par Pauline M. Silbermann

Ces paroles j’ai entendu : une fois, le Maître-Vainqueur-surpassant-tout s’attardait sur la Montagne du pic des vautours près de la Cité royale de Rajagriha, accompagné d’une grande assemblée du sangha monastique et d’une grande assemblée du sangha de bodhisattvas.

À ce moment-là, le Maître-Vainqueur-surpassant-tout était complètement absorbé dans la concentration absorbée qui exprime la multiplicité des phénomènes connue sous le nom de « l’apparence du profond ».

À ce moment-là aussi, le bodhisattva mahasattva au grand esprit, l’Arya Avalokiteshvara, le Puissant-Seigneur-au-regard-enveloppant-tout, dirigeant sa conduite dans la conscience discriminante à profonde et longue portée, enveloppait tout du regard, en détail, comme ceci :  il enveloppait tout du regard, en détail, les cinq facteurs-agrégats de son expérience et voyait ceux-là même comme étant dénués de nature qui s’auto-établit.

Puis, par la puissance du Bouddha, le vénérable Sharipoutra adressa ces paroles au bodhisattva mahasattva au grand esprit, l’Arya Avalokiteshvara : « Comment devrait s’entraîner un enfant spirituel aux traits de la famille (du Bouddha) qui souhaite diriger sa conduite dans la conscience discriminante à profonde et longue portée ? »

Ainsi adressé, le bodhisattva mahasattva au grand esprit, l’Arya Avalokiteshvara, adressa ces paroles au vénérable Fils de Sharadvati : « Ô Sharipoutra, un fils spirituel aux traits de la famille ou une fille spirituelle aux traits de la famille qui souhaite diriger sa conduite dans la conscience discriminante à profonde et longue portée, devrait tout envelopper du regard, en détail, comme ceci :

« Il ou elle devrait maintenir la vue, pleinement et en détail, des cinq facteurs-agrégats de son expérience comme dénués de nature qui s’auto-établit. Forme – vacuité ; vacuité – forme. La forme non séparée de la vacuité ; la vacuité non séparée de la forme. (Ce qui a forme, a vacuité ; ce qui a vacuité, a forme). De même, sensation, distinction, variables d’influence, types de conscience – vacuité. Il en est ainsi, Sharipoutra, de tous les phénomènes – vacuité : pas de définissants, pas d’émergence, pas de cessation, pas d’état contaminé, pas de séparation de l’état contaminé, pas d’état insuffisant, pas d’état additionnel.

Parce qu’il en est ainsi, Sharipoutra, dans la vacuité, pas de forme, pas de sensation, pas de distinction, pas de variables d’influence, pas de sorte de conscience. Pas d’œil, pas d’oreille, pas de nez, pas de langue, pas de corps, pas d’esprit. Pas d'image, pas de son, pas d’odeur, pas de goût, pas de sensation physique, pas de phénomène. Pas de source de cognition qui soit un œil, jusqu’à pas de source de cognition qui soit un esprit, (pas de source de cognition qui soit un phénomène), pas de source de cognition qui soit une conscience mentale. Pas d’inconnaissance, pas d’élimination de l’inconnaissance, jusqu’à pas de vieillesse et pas de mort, pas d’élimination de la vieillesse et de la mort. De même, pas de souffrance, cause, cessation et voie d’esprit. Pas de conscience profonde, pas d’accomplissement, pas de non-accomplissement.

Parce qu’il en est ainsi, Sharipoutra, du fait qu’il n’y a pas d’accomplissement de bodhisattva, il (ou elle) vit se fiant à la conscience discriminante à longue portée, sans obscurcissement mental. (Parce qu’il n’y a pas d’obscurcissement mental,) il n’y a pas de peur, allé au-delà de ce qui est inversé, (donc) libération du nirvana, parfaitement jusqu’à la fin. En fait, c’est en se fiant à la conscience discriminante à longue portée que tous les Bouddhas apparus au fil des trois temps sont des Bouddhas pleinement manifestés dans la bouddhéité sans égale, absolue et épanouie.

Parce qu’il en est ainsi, la conscience discriminante à longue portée est le (grand) mantra protecteur de l’esprit, le mantra protecteur de l’esprit à la grande connaissance, le mantra protecteur de l’esprit qui est insurpassable, le mantra protecteur de l’esprit qui est égal à l’inégalable, le mantra protecteur de l’esprit qui apaise immédiatement toute souffrance. Parce qu’il n’est pas trompeur, il est connu pour être vérité. Dans la conscience discriminante à longue portée, le mantra protecteur de l’esprit a été proclamé : « Tadyata, (om) gaté gaté paragaté parasamgaté bodhi svaha. La véritable nature : allé, allé, allé au-delà, allé bien au-delà, état purifié, qu’il en soit ainsi ». Ô Sharipoutra, un bodhisattva mahasattva au grand esprit devrait s’entraîner comme cela (pour une conduite qui est) dans la conscience discriminante à profonde et longue portée. »

Alors le Maître-Vainqueur-surpassant-tout, sortant de cette concentration absorbée, donna son approbation « excellent » au bodhisattva mahasattva au grand esprit, l’Arya Avalokiteshvara : « Excellent, excellent, mon fils spirituel aux traits de la famille, il en est juste ainsi. C’est juste ainsi qu’il ou elle devrait s’entraîner (entraîner sa conduite) dans la conscience discriminante à profonde et longue portée. Il en est exactement comme tu l’as montré aux bodhisattvas (arhats, et Bouddhas) pour qu’ils se réjouissent. »

Lorsque le Maître-Vainqueur-surpassant-tout prononça ces paroles, le vénérable Fils de Sharadvati et le bodhisattva mahasattva au grand esprit, l’Arya Avalokiteshvara, et la paire d’assemblées de ceux qui sont dotés de tout, ainsi que le monde – dieux, humains, anti-dieux et les musiciens célestes gandharvas – se réjouissant, louèrent en chœur ce qu’avait déclaré le Maître-Vainqueur-surpassant-tout.