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Les Archives bouddhistes du Dr. Alexander Berzin

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Les vœux secondaires du bodhisattva

Alexander Berzin, août 1997
Traduit par Pauline M. Silbermann

Introduction

Le but des vœux secondaires du bodhisattva est de s’abstenir de quarante-six actions fautives (nyes-byas). Celles-ci sont réparties en sept groupes dont six correspondent aux six attitudes à longue portée (pha-rol-tu phyin-pa, skt. paramita, perfections) et dont l’influence est préjudiciable à notre entraînement aux six attitudes et à notre capacité d’aider les autres.

Les six attitudes à longue portée sont :

  1. la générosité
  2. l’autodiscipline éthique
  3. la tolérance patiente (patience)
  4. la persévérance joyeuse (enthousiasme positif)
  5. la stabilité mentale (concentration)
  6. la conscience discriminante (sagesse).

Bien que les actions fautives soient contraires à notre progression vers l’illumination et constituent une entrave sur la voie qui y conduit, le fait de les commettre, même en la présence complète des quatre facteurs liants (kun-dkris bzhi), n’engendre pas la perte de nos vœux de bodhisattva. Cependant, moins ces facteurs sont complets, moins grave est l’atteinte que nous portons à notre développement spirituel sur la voie du bodhisattva. S’il nous arrive de commettre n’importe laquelle de ces actions fautives, nous reconnaissons notre erreur et nous appliquons les pouvoirs d’opposition, comme pour les vœux-racines du bodhisattva.

[Pour plus de détails sur les quatre facteurs liants et les pouvoirs d’opposition, voir : Les vœux-racines du bodhisattva.]

Il y a beaucoup de détails à apprendre sur les quarante-six actions, avec de nombreux cas d’exception indiquant les conditions dans lesquelles il n’y a pas de faute à les exécuter. Toutefois, de manière générale, les atteintes portées à notre développement des quatre attitudes à longue portée et à notre capacité d’aider les autres dépendent de la motivation qui sous-tend nos actes fautifs. Si cette motivation est issue d’un état d’esprit perturbé, comme l’attachement, la colère, la méchanceté ou la fierté, le préjudice est considérablement plus grand que si l’esprit est non perturbé, même dans le cas où la motivation est préjudiciable, comme l’indifférence, la paresse ou l’oubli. Avec l’indifférence, il nous manque la foi ou la considération adéquate nous permettant de nous engager dans les pratiques d’entraînement. Avec la paresse, nous ignorons notre pratique parce que nous trouvons qu’il est plus agréable et plus facile de ne rien faire. Lorsque l’attention nous fait défaut, nous oublions complètement notre engagement d’aider les autres. Pour beaucoup des quarante-six [NdT : actions fautives], nous ne sommes pas fautifs si nous avons l’intention de réussir à les éliminer de notre conduite et si, nos émotions perturbatrices étant encore trop fortes, nous ne parvenons pas encore à exercer une maîtrise de soi suffisante.

Nous suivons ici hla même présentation que celle qui a été donnée au quinzième siècle par Tsongkhapa, le maître guéloug, dans Une explication de la discipline éthique du bodhisattva : la voie majeure de l’illumination (Byang-chub sems-dpa'i tshul-khrims-kyi rnam-bshad byang-chub gzhung-lam).

Les sept actions fautives, préjudiciables à l’entraînement de la générosité à longue portée

La générosité (sbyin-pa, skt. dana) est définie comme l’attitude qui consiste à être disposé à donner. Elle comprend l’attitude d’être disposé à donner des objets matériels, de la protection dans des situations effrayantes, et des enseignements.

Parmi les sept actions fautives qui affectent notre développement de la générosité, deux portent préjudice à notre disposition à donner aux autres des objets matériels ; deux portent préjudice à notre disposition à offrir aux autres une protection dans des situations effrayantes ; deux impliquent de ne pas fournir aux autres l’occasion de cultiver et de pratiquer la générosité, et une autre porte préjudice au développement de la générosité consistant à donner aux autres des enseignements.

Les deux actions fautives, préjudiciables au développement de la disposition à donner à autrui des objets matériels

  1. Ne pas faire d’offrandes à la Triple Gemme par les trois portes du corps, de la parole et de l’esprit

Pour cause de mauvaise humeur, par exemple, lorsque nous sommes contrariés, ou pour cause de paresse, indifférence ou oubli, nous laissons passer l’occasion d’offrir aux Bouddhas, au Dharma et au Sangha, trois fois le matin et trois fois le soir tous les jours, le minimum de prosternations par le biais de notre corps, d’expressions élogieuses par le biais de notre parole, et de souvenirs de leurs qualités positives par le biais de notre esprit et de notre cœur. Si nous ne pouvons pas avoir ce minimum de générosité pour effectuer ces offrandes avec bonheur aux Trois Joyaux de refuge trois fois le matin et trois fois le soir, comment pourrons-nous jamais parfaire notre disposition à tout donner à tous les êtres ?

  1. Suivre son esprit de désir

Du fait d’un grand désir, de l’attachement ou du manque de satisfaction, s’adonner à l’un des cinq types d’objets de désir sensoriel : les images, les sons, les senteurs, les saveurs et les sensations tactiles. Par exemple, à cause de notre attachement au goût délicieux, nous grignotons le gâteau dans le réfrigérateur alors que nous n’avons pas faim. Voilà qui est préjudiciable à notre lutte contre l’avarice ! Nous nous mettons bientôt à stocker le gâteau et nous finissons même par le cacher à l’arrière-plan de l’étagère pour ne pas devoir le partager avec quelqu’un d’autre. Si nous avons pleinement l’intention de surmonter cette mauvaise habitude mais si, notre attachement à la nourriture étant trop fort, nous ne parvenons pas encore à la maîtriser, nous ne commettons pas de faute à prendre un morceau de gâteau. Néanmoins, nous tâchons d’améliorer notre maîtrise de soi en prenant des morceaux plus petits et moins souvent.

Les deux actions fautives, préjudiciables au développement de la disposition à offrir à autrui une protection dans des situations effrayantes

  1. Ne pas témoigner de respect à ses aînés

Les objets de cette action comprennent nos parents, nos professeurs, ceux qui ont d’excellentes qualités et, en général, les personnes qui ont plus d’expérience que nous, ou simplement toute personne plus âgée que nous. Lorsque nous manquons à leur céder notre place dans l’autobus, à les accueillir à l’aéroport, à les aider à porter leur cabas, etc. pour cause de fierté, colère, méchanceté, paresse, indifférence ou oubli, nous les abandonnons à une situation qui leur est difficile à gérer, qui leur fait peur ou qui les inquiète.

  1. Ne pas répondre lorsque l’on est questionné

Pour cause de fierté, colère, méchanceté, paresse, indifférence ou oubli, ne pas répondre volontiers aux questions qui nous sont posées par les autres avec sincérité. En ignorant leur demande, nous les abandonnons à leur dilemme sans personne vers qui se tourner – une position qui, elle aussi, est effrayante et déstabilisante.

Pour illustrer le type de détails que l’on trouve dans le commentaire de Tsongkhapa sur ces vœux, considérons les cas d’exception dans lesquels rester silencieux ou retarder sa réponse ne constitue pas de faute. Nous prenant nous-mêmes comme point de départ à cette action, nous n’avons pas besoin de répondre si nous sommes trop malades ou si la personne qui pose la question nous réveille délibérément au milieu de la nuit. À moins d’une urgence, il n’y a pas de faute à prier la personne d’attendre que nous allions mieux ou de patienter jusqu’au lendemain matin.

Il y a des exceptions selon les circonstances, par exemple, lorsque quelqu’un nous interrompt par une question pendant que nous sommes en train de donner des enseignements, de tenir une conférence, de diriger une cérémonie, d’offrir des paroles de réconfort à quelqu’un d’autre, de prendre un cours ou d’écouter un exposé. Dans ces cas-là, nous prions poliment la personne qui nous a interrompus de garder sa question pour plus tard.

Certaines situations, par nécessité, requièrent que l’on garde le silence ou que l’on retarde sa réponse. Par exemple, en Occident, dans le cadre d’une conférence publique sur le bouddhisme, si nous donnions une réponse approfondie à une question sur les enfers, nous risquerions d’éloigner beaucoup de personnes intéressées, causant ainsi un obstacle à leur implication dans le Dharma. Le silence est également préférable si, en répondant à une question posée par une personne sectaire, par exemple, sur nos origines ethniques, nous susciterions son antipathie envers nous, la rendant ainsi non réceptive à notre aide. Le silence est préférable aussi s’il amène les autres à mettre un terme à leur comportement destructeur en faveur d’un mode de comportement plus constructif – par exemple, lorsque des personnes dépendantes de nous sur le plan psychologique attendent de nous une réponse à chaque question qu’elles se posent dans leur vie, alors que nous souhaitons les amener à prendre des décisions et à trouver les réponses par elles-mêmes.

En outre, si nous sommes en retraite de méditation avec règle de silence et que quelqu’un nous pose une question, ce n’est pas la peine de parler. Et enfin, il vaut mieux clore une session de questions et réponses à la fin d’une conférence lorsqu’il se fait tard et que l’auditoire est fatigué, si le fait de continuer risque de susciter leur ressentiment et leur colère.

Les deux actions fautives de ne pas donner l’occasion à autrui de cultiver et de pratiquer la générosité

  1. Ne pas accepter une invitation comme hôtes

Si nous refusons de rendre visite à quelqu’un, ou si nous refusons un repas pour cause de fierté, colère, méchanceté, paresse ou indifférence, nous privons l’autre personne de la chance d’accumuler de la force positive (bsod-nams, skt. punya, potentialité positive, mérite) en nous offrant l’hospitalité. À moins d’avoir de bonnes raisons de décliner l’invitation, nous l’acceptons, aussi humble soit-elle.

  1. Ne pas accepter de dons matériels

Pour les mêmes raisons que dans le cas précédent.

Une action fautive, préjudiciable au développement de la générosité de donner des enseignements à autrui

  1. Ne pas donner le Dharma à ceux qui souhaitent apprendre

Ici, la motivation du refus de donner des enseignements sur le bouddhisme, de prêter aux autres nos livres sur le Dharma, de leur faire partager nos prises de notes, etc. est celle de la colère, de la méchanceté ou de la jalousie qui nous fait craindre que l’autre personne finisse par nous dépasser, ou encore celle de la paresse ou de l’indifférence. Dans le cas du deuxième vœu-racine du bodhisattva, l’attachement et l’avarice sont les causes de notre déclin.

Les neuf actions fautives, préjudiciables à l’entraînement de l’autodiscipline éthique à longue portée

L’autodiscipline éthique (tshul-khrims, skt. shila) est l’attitude qui consiste à se retenir de commettre des actes négatifs. Elle comprend aussi la discipline de s’engager dans des actions positives et d’aider les autres.

Parmi les neuf actions qui portent atteinte au développement de notre autodiscipline éthique, quatre concernent des situations dans lesquelles notre considération majeure porte sur les autres, trois concernent notre propre situation, et deux concernent à la fois nous-mêmes et les autres.

Les quatre actions fautives concernant des situations dans lesquelles notre considération majeure porte sur autrui

  1. Ignorer ceux dont l’éthique a volé en éclats

Si, pour cause de colère, méchanceté, paresse, indifférence ou oubli, nous ignorons, négligeons ou rabaissons ceux qui ont rompu leurs vœux ou qui ont même commis des crimes abominables, nous affaiblissons l’autodiscipline éthique de nous engager dans des actes positifs et d’aider les autres. Ces personnes ont tout particulièrement besoin que nous prenions soin d’elles et que nous nous en occupions, parce qu’elles ont créé des causes de souffrance et de malheur présents et futurs. Sans suffisance ni indignation morale, nous tâchons de les aider, par exemple en enseignant la méditation aux détenus des établissements pénitentiaires.

  1. Ne pas maintenir son entraînement moral au mépris de la foi d’autrui

Le Bouddha a interdit de nombreuses actions qui, bien que n’étant pas destructrices par nature, sont préjudiciables à notre progrès spirituel – par exemple, pour les membres laïques et monastiques, celle de boire de l’alcool ; ou encore, pour les membres monastiques, partager une chambre avec un membre du sexe opposé. S’abstenir d’une telle conduite est un entraînement commun aux pratiquants du Hinayana et aux bodhisattvas. En tant que bodhisattvas en herbe, si nous ignorons ces proscriptions à cause d’un manque de respect ou de croyance vis-à-vis des enseignements éthiques du Bouddha – ou par paresse à exercer la maîtrise de soi – et si les autres, témoins de notre comportement, perdent de ce fait leur confiance et leur admiration envers les bouddhistes et le bouddhisme. C’est pourquoi, par considération pour les autres et par souci de l’impression que notre conduite laisse sur eux, nous nous abstenons, par exemple, de prendre des drogues à usage récréatif.

  1. Se montrer mesquins lorsqu’il s’agit du bien-être d’autrui

Le Bouddha a édicté de nombreuses règles de conduite mineures pour l’entraînement des membres de la communauté monastique, par exemple, toujours avoir ses trois robes de rechange avec soi à l’endroit où l’on dort. Mais il arrive que pourvoir aux besoins des autres passe avant la nécessité de suivre un tel entraînement mineur, par exemple, si quelqu’un tombe malade et qu’il faille passer la nuit à veiller cette personne. Si, par colère ou méchanceté envers la personne, ou simplement par paresse de rester debout toute la nuit, nous déclinons sous prétexte que nous n’avons pas nos trois robes avec nous, nous commettons une action fautive. Appliquer des règles avec fanatisme et rigidité nuit au développement équilibré de notre autodiscipline éthique.

  1. Ne pas commettre d’action destructrice lorsque l’amour et la compassion l’exigent

On peut parfois se retrouver confronté à la situation extrême où le bien-être des autres est sérieusement mis en danger, ne laissant pas d’autre alternative que celle de commettre l’une des sept actions destructrices physiques ou verbales. Ces sept actes sont : disposer de la vie d’autrui, prendre ce qui ne nous a pas été donné, s’adonner à une conduite sexuelle inappropriée, tenir des propos : mensongers, médisants, durs et cruels, oiseux. Si nous commettons l’un de ces actes sans éprouver d’émotion perturbatrice sur le moment, comme la colère, le désir ou la naïveté par rapport à la cause et l’effet, avec pour seule motivation le souhait d’empêcher les autres de souffrir, et si nous sommes complètement prêts à prendre sur nous n’importe quelle conséquence négative qui pourrait en résulter – y compris une douleur infernale – alors nous ne portons pas atteinte à notre autodiscipline éthique à longue portée. En fait, nous accumulons une immense quantité de force positive qui nous propulse sur notre voie spirituelle.

Cependant, si nous avons prononcé nos vœux de bodhisattva et si nous préservons leur pureté, le fait de refuser de commettre ces actions destructrices lorsque la nécessité s’impose constitue une faute. Notre réticence à donner notre bonheur en échange du bien-être d’autrui nuit au perfectionnement de notre autodiscipline éthique qui est de leur apporter de l’aide à tout moment. Par contre, si nous n’avons qu’une compassion superficielle et si nous n’observons pas nos vœux de bodhisattva, ou si nous ne nous exerçons pas à suivre la conduite dont ils donnent les grandes lignes, alors il n’y a pas de faute. Nous sommes conscients que, notre compassion étant ténue et instable, la souffrance dont nous ferions l’expérience en résultat de nos actions destructrices pourrait facilement nous inciter à regretter notre conduite de bodhisattva. Nous pourrions même abandonner la voie qui consiste à œuvrer pour le bénéfice des autres. Il en est comme de l’injonction aux bodhisattvas qui en sont à des niveaux de développement inférieur, selon laquelle ils ne feraient que se nuire à eux-mêmes s’ils s’essayaient aux pratiques des bodhisattvas de niveaux supérieurs – comme celle qui consiste à donner leur chair à une tigresse affamée – il vaut mieux ici nous montrer prudents et avoir de la retenue.

Afin de prévenir une éventuelle confusion sur les circonstances qui appellent à de telles actions de la part des bodhisattvas, voyons quelques exemples extraits des commentaires de la littérature bouddhique. Dans ce cadre, il est important de garder présent à l’esprit que ces actions sont celles du dernier recours, lorsque tous les autres moyens faillent à alléger ou à prévenir la souffrance d’autrui. En tant que bodhisattvas en herbe, nous sommes prêts à disposer de la vie de quelqu’un qui est sur le point de commettre un meurtre collectif. Nous n’avons aucune hésitation à confisquer des médicaments destinés aux missions de secours dans des pays déchirés par la guerre, mais qui ont été détournés pour être vendus au marché noir, ou à nous emparer des fonds d’une œuvre de charité qui sont gaspillés ou mal gérés par leur administrateur. Nous sommes prêts (si nous appartenons à la gente masculine) à avoir une relation sexuelle avec l’épouse d’un autre – ou avec une femme non mariée dont les parents lui interdisent d’avoir cette relation sexuelle avec nous, ou avec n’importe quel(le) autre partenaire inapproprié(e) – lorsque la personne aspire fortement à développer la bodhichitta mais que, étant submergée par le désir d’avoir une relation sexuelle avec nous, elle emporterait avec elle une rancune viscérale dans ses vies futures si elle devait mourir sans avoir eu cette relation sexuelle avec nous. Le résultat serait qu’elle deviendrait extrêmement hostile aux bodhisattvas et à la voie du bodhisattva.

Le fait qu’un bodhisattva soit prêt à s’engager dans des actes sexuels inappropriés lorsque rien d’autre ne peut empêcher quelqu’un de développer une attitude extrêmement négative envers la voie spirituelle de l’altruisme soulève une question dont la considération est importante pour les couples mariés sur la voie du bodhisattva. Parfois, un couple s’implique dans le Dharma et l’un des deux, par exemple, la femme, par souci de chasteté, cesse d’avoir des relations sexuelles avec son mari alors qu’il ne partage pas le même avis. Il a encore de l’attachement à la sexualité et prend la décision de son épouse pour un rejet personnel. Parfois, le fanatisme et le manque de sensibilité de la femme poussent son époux à faire porter au Dharma le blâme de sa frustration et de ses maux. Il abandonne alors la vie conjugale et tourne le dos au bouddhisme avec un profond ressentiment. S’il n’y a pas d’autre moyen pour éviter sa réaction d’hostilité envers la voie spirituelle et si la femme observe ses vœux de bodhisattva, elle ferait bien d’évaluer sa compassion pour déterminer si elle est suffisamment ferme pour lui permettre d’avoir de temps en temps des relations sexuelles avec son mari sans pour autant gravement compromettre sa capacité d’aider les autres. C’est un point très important par rapport aux vœux tantriques qui portent sur la chasteté de la conduite.

En tant que bodhisattvas en herbe, nous sommes prêts à recourir au mensonge lorsque cela sauve des vies ou empêche les autres d’être torturés ou mutilés. Nous n’avons aucune hésitation à tenir des propos médisants pour séparer nos enfants d’un groupe de faux amis – ou des disciples de professeurs équivoques – qui exercent une influence négative sur eux et les encouragent à avoir une mentalité et un comportement nuisibles. Nous ne renonçons pas à user d’un langage dur pour secouer nos enfants lorsqu’ils agissent de manière négative, comme lorsqu’ils ne font pas leurs devoirs ou ne veulent pas entendre raison. Et lorsque des personnes qui s’intéressent au bouddhisme sont totalement dépendantes de bavardages et de fêtes, adorant boire, chanter, danser, raconter des blagues, des histoires paillardes ou de violence, nous sommes prêts à nous joindre à elles si le fait de refuser leur donne à penser que les bodhisattvas et les bouddhistes en général ne s’amusent jamais et que, de ce fait, la voie spirituelle n’est pas faite pour elles.

Les trois actions fautives concernant sa propre situation

  1. Gagner sa vie par des moyens d’existence incorrects

Gagner sa vie par des moyens d’existence incorrects implique le recours à des moyens malhonnêtes ou détournés qui se répartissent grossièrement en cinq types principaux : (a) faux-semblant ou hypocrisie, (b) flatterie ou recours à des mots doux pour tromper autrui, (c) chantage, extorsion de fonds ou exploitation des sentiments de culpabilité d’autrui, (d) exigence de pots de vin ou imposition d’amendes pour des infractions imaginaires, et (e) don de pots de vin pour obtenir en retour quelque chose de plus important. Nous recourons à de tels moyens à cause d’un manque total de sentiment de dignité personnelle et de retenue morale.

  1. S’adonner à des états d’excitation et se précipiter dans des activités frivoles

Pour cause d’insatisfaction, d’agitation, d’ennui ou d’hyperactivité, et en quête d’excitation quelconque, se précipiter dans des distractions frivoles – comme se promener dans une galerie marchande, passer d’une chaîne de télévision à l’autre, jouer à des jeux électroniques, etc. Nous nous laissons complètement absorber et dominer par ces activités. Mais si nous nous y engageons en compagnie d’autres personnes dans le but de calmer leur colère ou de les soulager de leur déprime, pour les aider si elles ont une dépendance à ces choses, pour gagner leur confiance si nous les soupçonnons de nous être hostiles, ou pour fortifier une vieille amitié, alors nous ne nuisons pas à l’entraînement éthique de nous discipliner pour agir positivement et aider les autres. Cependant, si nous nous précipitons dans de telles activités avec le sentiment de ne rien avoir de mieux à faire, nous nous mentons à nous-mêmes : il y a toujours mieux à faire. Nous avons néanmoins besoin quelquefois de faire une pause pour nous aider à trouver un nouvel élan d’enthousiasme et d’énergie lorsque nous sommes fatigués et déprimés. Il n’y a pas de faute à cela, tant que nous restons dans des limites du raisonnable.

  1. Avoir seulement l’intention d’errer dans le samsara

De nombreux soutras exposent que les bodhisattvas préfèrent demeurer dans le samsara au lieu d’atteindre la libération eux-mêmes. Il est faux de prendre cette affirmation à la lettre, comme signifiant que nous n’avons pas besoin de travailler à surmonter nos émotions et nos attitudes perturbatrices pour atteindre la libération, et que nous pouvons garder nos illusions et œuvrer avec elles pour aider les autres. Ce vœu diffère du dix-huitième vœu-racine du bodhisattva sur l’abandon de la bodhichitta, par lequel nous décidons pleinement d’arrêter d’œuvrer pour la libération et l’illumination. Ici, nous considérons simplement qu’il n’est pas important et qu’il est superflu de nous libérer de nos émotions perturbatrices, ce qui affaiblit gravement notre autodiscipline éthique. Bien que, sur la voie du bodhisattva, en particulier lorsqu’elle comporte le tantra de l’anuttara yoga, nous transformions et utilisions les énergies du désir pour fortifier notre progression sur la voie, cela ne signifie pas pour autant que nous donnions libre cours à nos désirs et que nous ne travaillions pas à nous en débarrasser.

Les deux actions fautives concernant à la fois soi-même et autrui

  1. Ne pas se débarrasser des comportements qui donnent mauvaise réputation

Supposons que nous aimions manger de la viande. Si nous nous trouvons parmi des bouddhistes végétariens et si nous insistons pour manger un steak, nous les invitons à la critique et au manque de respect. Ils ne nous prendront pas au sérieux par rapport au Dharma et propageront des histoires sur nous, rendant d’autres personnes non réceptives à notre aide. En tant que bodhisattvas en herbe, si nous ne nous débarrassons pas d’un tel comportement, c’est une grande erreur.

  1. Ne pas corriger ceux et celles qui agissent sous le coup des émotions et des attitudes mentales perturbatrices

Si nous occupons une position d’autorité dans un bureau, une école, un monastère ou une famille et si, à cause de notre attachement à certains membres du groupe ou à cause de notre souhait d’être aimés, nous nous abstenons de réprimander ou de punir ceux et celles qui, sous le coup des émotions et attitudes perturbatrices, agissent d’une manière qui dérange les autres, alors nous nuisons à la discipline et à la morale de tout le groupe.

Les quatre actions fautives, préjudiciables à l’entraînement de la tolérance patiente à longue portée

La tolérance patiente à longue portée (bzod-pa, skt. kshanti) est la disposition à faire face sans colère aux personnes qui font du mal, aux difficultés rencontrées dans la pratique du Dharma, et à notre propre souffrance.

  1. Mettre au rebut les quatre entraînements positifs

Ces entraînements consistent à ne pas riposter lorsque nous sommes (a) la proie d’injures ou de critiques de la part des autres, (2) pris comme cibles de leur colère, (c) battus, ou (d) humiliés. Le fait de nous entraîner à ne pas riposter dans ces quatre situations pénibles agit comme cause pour notre développement de la patience ; par conséquent, laisser cet entraînement de côté porte atteinte au développement de ce trait de caractère positif.

  1. Ignorer ceux qui sont en colère contre nous

Si d’autres personnes sont en colère à cause de nous ou nous en veulent, et si nous ne faisons rien pour calmer leur colère pour cause de fierté, méchanceté, jalousie, paresse, indifférence ou désinvolture, alors nous portons atteinte à notre perfectionnement de la patience parce que nous permettons à son contraire, c’est-à-dire : à la colère, de continuer sans apaisement. Afin d’éviter cette faute, nous présentons nos excuses, que nous ayons offensé ces personnes ou non, ou que nous ayons fait quoi que ce soit de répréhensible ou non.

  1. Refuser les excuses d’autrui

La troisième chute-racine du bodhisattva consiste à ne pas entendre les excuses des autres qui implorent notre pardon lorsque nous sommes en colère contre eux. Ici, nous n’acceptons pas leurs excuses après coup tout en leur gardant rancune.

  1. S’attarder sur la colère

Une fois que nous sommes en colère, dans n’importe quelle situation, nous agissons en contradiction avec notre développement de la tolérance patiente si, nous attardant sur notre colère tout en éprouvant de la rancune, nous n’appliquons pas les forces d’opposition pour la contrecarrer. Mais si nous appliquons ces forces, comme celle de la méditation sur l’amour envers l’objet de notre contrariété, et si nous ne réussissons pas dans cette entreprise, nous ne sommes pas en faute parce que, au moins, nous essayons. De ce fait, nous n’affaiblissons pas le développement de notre patience.

Les trois actions fautives, préjudiciables à l’entraînement de la persévérance joyeuse à longue portée

La persévérance joyeuse (brtson-grus, skt. virya, enthousiasme positif) consiste à éprouver de la joie à faire ce qui est constructif.

  1. Réunir autour de soi un cercle d’adeptes par désir de vénération et de respect

Lorsque nous rassemblons autour de nous un cercle d’amis, d’admirateurs ou d’élèves, ou lorsque nous décidons de nous marier ou de vivre avec quelqu’un, si nous sommes motivés par le souhait d’être respectés, de recevoir de l’amour et de l’affection, d’être submergés de cadeaux, d’être servis, de nous faire masser le dos et d’être soulagés de nos tâches quotidiennes, alors nous perdons notre enthousiasme pour faire nous-mêmes quelque chose de positif, comme apporter notre aide aux autres. Nous sommes attirés par un mode de fonctionnement inférieur qui consiste à dire aux autres ce qu’ils doivent faire pour nous.

  1. Ne rien faire pour cause de paresse et ainsi de suite

Si nous nous laissons aller à la paresse, l’indifférence, l’apathie, l’envie de ne rien faire, ou l’absence d’intérêt pour quoi que ce soit, ou si nous devenons dépendants de longues heures de sommeil, restant couchés toute la journée ou piquant des petits sommes, ou si nous traînons sans rien faire, nous devenons dépendants de ces activités et perdons tout enthousiasme pour aider les autres. Naturellement, nous nous reposons lorsque nous sommes malades ou fatigués, mais nous commettons une faute à nous gâter nous-mêmes en nous laissant aller à cet état de mollesse.

  1. Passer le temps avec des histoires pour cause d’attachement

Le troisième obstacle qui entrave le développement de l’enthousiasme pour aider les autres consiste à gaspiller son temps en futilités. Cela se rapporte à raconter, écouter, lire, regarder à la télévision ou au cinéma, ou chercher sur l’Internet des histoires de sexe ou de violence, de stars et de célébrités, d’intrigues politiques et ainsi de suite.

Les trois actions fautives, préjudiciables à l’entraînement de la stabilité mentale à longue portée

La stabilité mentale (bsma-gtan, skt. dhyana, concentration) est l’état d’esprit qui ne perd pas son point d’équilibre ou de focalisation à cause d’émotions perturbatrices, d’une inconstance de l’esprit ou d’un engourdissement mental.

  1. Ne pas rechercher les moyens d’obtenir la concentration absorbée

Si, pour cause de fierté, méchanceté, paresse ou indifférence nous n’assistons pas aux enseignements sur les méthodes visant à fixer l’esprit dans la concentration absorbée (ting-nge-'dzin, skt. samadhi) lorsqu’un maître les expose, comment pourrons-nous jamais cultiver ou améliorer notre stabilité d’esprit ? Mais si nous sommes malades, ou si nous soupçonnons que les instructions sont incorrectes, ou si nous avons déjà atteint une parfaite concentration, alors nous n’avons pas besoin d’y aller.

  1. Ne pas se débarrasser des obstacles entravant la stabilité mentale

Lorsque nous pratiquons la méditation pour atteindre la concentration absorbée, nous rencontrons cinq obstacles majeurs. Si nous nous y abandonnons et si nous n’essayons pas de les éliminer, nous portons atteinte au développement de notre stabilité mentale. Mais si nous essayons de les écarter, même sans succès, nous ne sommes en faute. Les cinq obstacles sont : (a) l’intention de poursuivre n’importe lequel des cinq types d’objets de désir sensoriel, (b) des pensées malveillantes, (c) un esprit embué et la somnolence, (d) un esprit volage et les regrets, (e) un esprit chancelant d’irrésolution ou les doutes.

  1. Considérer la saveur de l’extase obtenue par la stabilité mentale comme avantage principal

Normalement, nous passons une grande partie de notre énergie en énervement, inquiétude, indécision, pensées nostalgiques ou ressentiments et ainsi de suite, ou nous l’alourdissons d’engourdissement mental et de somnolence. Au fur et à mesure que notre concentration et notre absorption deviennent plus profondes, nous libérons cette énergie en quantités toujours croissantes. Nous en faisons l’expérience sous forme d’une sensation d’extase physique et mentale. Plus cette extase est intense, plus elle nous aspire dans l’état d’absorption. C’est pour cette raison que dans le tantra du yoga de l’anuttara nous générons et utilisons des états d’esprit extatiques dont l’intensité est largement supérieure à celles obtenues purement et simplement par une concentration parfaite, et ce, afin d’atteindre la plus subtile activité mentale de claire-lumière et de l’absorber dans la compréhension de la vacuité. Si nous nous attachons à la saveur de l’extase obtenue à l’un des stades de développement de la stabilité mentale, qu’elle soit conjuguée à la pratique du tantra ou non, et si nous considérons que la jouissance du plaisir procuré par cette extase est l’objectif principal de notre pratique, alors nous entravons gravement notre développement de la stabilité d’esprit à longue portée.

Les huit actions fautives, préjudiciables à l’entraînement de la conscience discriminante à longue portée

La conscience discriminante (shes-rab, skt. prajna, sagesse) est le facteur mental qui discrimine résolument entre ce qui est correct et incorrect, approprié et inapproprié, utile et nuisible, et ainsi de suite.

  1. Abandonner le véhicule du shravaka (auditeur)

La sixième chute-racine du bodhisattva consiste à proclamer que les enseignements des textes du véhicule du shravaka ne sont pas les paroles du Bouddha cependant que la quatorzième consiste à affirmer que les instructions qui s’y trouvent sont inefficaces pour éliminer l’attachement et les autres émotions et attitudes perturbatrices. La treizième consiste à dire aux bodhisattvas qui observent les vœux de pratimoksha (libération individuelle) laïques ou monastiques – qui constituent une partie des enseignements du véhicule du shravaka – qu’ils n’ont pas besoin, en tant que bodhisattvas, de sauvegarder ces vœux. Pour que cette chute-racine soit complète, il faut que les bodhisattvas qui entendent nos paroles abandonnent en effet leurs vœux de pratimoksha. Mais ici, l’action fautive consiste simplement à croire ou à dire aux autres que les bodhisattvas n’ont pas besoin d’écouter les enseignements du véhicule du shravaka – spécialement en ce qui concerne les règles de discipline des vœux de pratimoksha – ni de les observer ou de les prendre pour objets d’entraînement. Il n’est pas nécessaire dans ce contexte que quelqu’un abandonne effectivement ses vœux.

À force d’étudier et d’observer les règles de discipline que nous avons promis de suivre, nous augmentons notre capacité de discrimination des types de conduite qu’il convient d’adopter et de ceux qu’il convient d’abandonner. En niant la nécessité de nous entraîner à l’aide des vœux de pratimoksha, nous affaiblissons notre développement de la sagesse discriminante. Nous concluons aussi avec une fausse discrimination que les enseignements du véhicule du shravaka ne sont significatifs que pour les shravakas, et qu’ils sont sans valeur pour les bodhisattvas.

  1. Y mettre des efforts tout en ayant ses propres méthodes à disposition

Si nous mettons purement et simplement tous nos efforts dans l’étude et l’observation de nos vœux de pratimoksha aux dépens de l’étude des vastes enseignements du bodhisattva sur la compassion et la sagesse, et des entraînements qui s’y rapportent, nous affaiblissons aussi notre sagesse discriminante. Tout en mettant nos efforts dans les enseignements du véhicule du shravaka, nous travaillons simultanément sur les vœux du bodhisattva aussi.

  1. Mettre des efforts dans l’étude de textes non bouddhiques lorsque ce n’est pas nécessaire

Selon les commentaires, les textes non bouddhiques se réfèrent aux ouvrages sur la logique et la grammaire. Nous pouvons assurément y inclure aussi les manuels d’apprentissage de langues étrangères ou les disciplines faisant partie du curriculum d’une éducation moderne, comme les mathématiques, les sciences, la psychologie ou la philosophie. Ici, la faute consiste à mettre tous nos efforts dans l’étude de ces matières tout en négligeant l’étude et la pratique du Mahayana au point de finir par les oublier complètement. Si nous sommes extrêmement intelligents et si nous sommes capables d’apprendre rapidement les choses, et si nous avons une compréhension saine et stable des enseignements du Mahayana fondés sur la logique et la raison, et si nous sommes capables de les garder longtemps en mémoire, alors il n’y a pas de faute à étudier des textes non bouddhiques dans la mesure où nous poursuivons aussi notre étude et notre pratique quotidiennes du Mahayana.

Les étudiants non tibétains du bouddhisme qui souhaitent étudier la langue tibétaine feraient bien de garder cette ligne directrice présente à l’esprit : s’ils ont une aptitude pour apprendre une langue étrangère rapidement et facilement et s’ils ont des connaissances de base solides du bouddhisme tout en disposant de suffisamment de temps pour mener de front des études de langue et de Dharma, alors ils bénéficient grandement de l’apprentissage du tibétain. Ils peuvent l’utiliser comme outil d’approfondissement à leurs études du Dharma. Cependant, si la langue leur semble difficile et si leur temps et leur énergie sont comptés, et s’ils n’ont pas encore acquis une bonne compréhension du bouddhisme ou une pratique quotidienne stable de la méditation, alors ils entament et entravent leur développement spirituel en étudiant le tibétain. Il est important de faire preuve de discrimination pour décider de nos priorités.

  1. Tout en étant aptes à y mettre des efforts, se prendre d’entichement

Si nous avons une aptitude pour étudier des matières non bouddhiques comme la langue tibétaine, et si toutes les conditions mentionnées ci-dessus sont réunies, mais que nous nous entichions du contenu de cette discipline, alors nous risquons d’abandonner notre pratique spirituelle et de nous concentrer complètement sur cette matière moins vitale. La maîtrise du tibétain ou des mathématiques ne nous conduit pas à la libération de nos émotions et attitudes perturbatrices, ni à celle des problèmes et de la souffrance qu’elles causent. Ce n’est pas une connaissance qui nous donne la capacité d’aider les autres aussi pleinement que possible. Seul le perfectionnement de la bodhichitta et des attitudes à longue portée, en particulier celle de la conscience discriminante de la vacuité, peut nous conduire à cet objectif. Par conséquent, tout en nous gardant de nous prendre d’entichement pour des thèmes non bouddhiques – dont la connaissance est d’une utilité certaine mais qui ne sauraient faire l’objet principal de focalisation – nous les étudions avec tempérance, les plaçant dans la perspective qui leur revient. De cette manière, nous exerçons une discrimination correcte sur ce qui est essentiel et nous nous gardons de nous laisser emporter par des sujets d’importance moins vitale.

  1. Abandonner le véhicule du Mahayana

La sixième chute-racine du bodhisattva consiste à prétendre que les textes du Mahayana ne sont pas les paroles du Bouddha. Ici, nous acceptons l’authenticité des écrits en général, mais nous en critiquons certains aspects, en particulier les textes concernant les actes de bodhisattva qui sont d’une envergure inimaginable et les enseignements de la vacuité dont la profondeur est inconcevable. Les premiers comprennent des descriptions de bouddhas qui se multiplient eux-mêmes sous des formes innombrables et qui se manifestent simultanément dans des myriades de mondes pour aider les êtres dont le nombre est incalculable, et les seconds comprennent un recueil de stances sèches et lapidaires dont le sens est extrêmement difficile à percer. Nous faisons dégénérer notre conscience discriminante en désavouant ces textes de l’une des quatre façons suivantes, affirmant qu’ils sont inférieurs (a) de par leur contenu : ce sont des propos insensés, (b) de par la lettre : ce sont de mauvais écrits inintelligibles, (c) de par leur auteur : ce ne sont pas les paroles d’un bouddha illuminé, ou (d) de par leur utilité : ils ne sont bénéfiques pour personne. En exerçant ainsi une discrimination fausse, avec un esprit fermé et impétueux, nous portons préjudice à notre capacité d’exercer une discrimination correcte des choses.

Lorsque nous rencontrons des enseignements ou des textes que nous ne comprenons pas, nous restons ouverts d’esprit. Nous pensons que, même si nous ne sommes pas actuellement en mesure de les apprécier ou d’en pénétrer le sens, les bouddhas et les bodhisattvas hautement réalisés en comprennent les paroles et, à travers la réalisation de leur signification, apportent d’infinis bienfaits à autrui. De cette façon, nous prenons la ferme résolution (mos-pa) d’essayer d’en saisir le sens dans le futur. Mais si cette ferme résolution nous manque, alors il n’y a pas de faute dans la mesure où nous ne rabaissons ni ne dénigrons les enseignements. Nous maintenons un minimum d’équanimité en reconnaissant que leur sens nous échappe.

  1. Se louer soi-même et/ou rabaisser les autres

La première chute-racine du bodhisattva consiste à se louer soi-même et/ou à rabaisser les autres par convoitise ou par jalousie. Ici, la motivation est la fierté, la vanité, l’orgueil ou la colère. De telles motivations se manifestent du fait d’une fausse discrimination de soi, comme étant meilleur ou mieux que les autres.

  1. Ne pas se rendre quelque part pour le bien du Dharma

La deuxième chute-racine du bodhisattva consiste à ne pas donner les enseignements du Dharma pour cause d’attachement ou d’avarice. Ici, la faute consiste à ne pas aller enseigner le bouddhisme ou à ne pas aller exécuter des rites bouddhiques, à ne pas aller assister à des cérémonies bouddhiques ou à ne pas aller écouter une conférence sur le bouddhisme pour cause de fierté, colère, méchanceté, paresse ou indifférence. Avec une telle motivation, nous ne pouvons pas exercer de discrimination correcte sur ce qui vaut la peine. Il n’y a cependant pas de faute à ne pas nous y rendre si nous ne nous sentons pas comme enseignants, ou si nous sommes trop malades pour y aller, ou si nous soupçonnons que les enseignements qui nous seraient impartis ou que nous transmettrions sont incorrects, ou si nous savons que l’auditoire les a entendus plusieurs fois et les connaît déjà, ou si nous les avons reçus, compris et maîtrisés complètement au point de ne plus avoir besoin de les entendre à nouveau, ou s’ils font déjà l’objet de notre focalisation et, étant déjà absorbés par eux, nous n’avons pas besoin de révision, ou encore, s’ils nous dépassent et que, de ce fait, les écouter nous rendrait confus. En outre, si le fait d’y aller devait déplaire à notre professeur, comme dans le cas où il (elle) nous conseille de faire autre chose, alors nous n’y allons pas.

  1. Se fonder sur l’expression orale d’un professeur pour le tourner en ridicule

Nous atténuons notre capacité de discriminer correctement lorsque nous jugeons les professeurs spirituels d’après leur expression orale. Nous ridiculisons et rejetons ceux qui parlent avec un fort accent et qui font de nombreuses fautes grammaticales bien que leurs explications soient correctes, et nous courons après ceux qui tiennent des discours élégants mais complètement dénués de sens.

Les douze actions fautives, contraires à une conduite bénéfique pour les autres

  1. Ne pas apporter de l’aide à ceux qui en ont besoin

Pour cause de colère, méchanceté, paresse ou indifférence, ne pas apporter son assistance à huit types de personnes qui ont besoin d’aide pour : (a) prendre une décision sur quelque chose de positif, par exemple lors d’une réunion, (b) voyager, (c) apprendre une langue étrangère que nous connaissons, (d) mener à bien une tâche exempte de faute morale, (e) surveiller une maison, un temple ou leurs possessions, (f) mettre fin à une rixe ou à une dispute, (g) célébrer un évènement, comme un mariage, ou (h) prendre part à des œuvres d’utilité publique. Cependant, décliner notre aide ne porte pas préjudice à nos efforts pour aider les autres si nous sommes malades, si nous avons déjà promis notre assistance ailleurs, si nous envoyons quelqu’un d’autre capable de faire le travail à notre place, si nous sommes engagés dans n’importe quelle autre tâche positive plus urgente, ou si nous sommes incompétents pour apporter de l’aide dans cette situation. Il n’y a pas non plus de faute à refuser notre aide si la tâche nuit aux autres, si elle est en contradiction avec le Dharma ou si elle n’est pas raisonnable, ou si les personnes qui requièrent notre assistance sont en mesure de la trouver ailleurs, ou si elles ont quelqu’un d’autre de fiable qui peut la trouver pour eux.

  1. Négliger de servir les malades

Pour cause de colère, méchanceté, paresse ou indifférence.

  1. Ne pas alléger la souffrance

Pour les mêmes raisons que ci-dessus. Sept types de personnes en difficulté requièrent une attention particulière : (a) les aveugles, (b) les sourds, (e) les amputés et les handicapés, (d) les voyageurs las, (e) ceux qui souffrent de l’un des cinq obstacles à la stabilité mentale, (f) ceux qui sont malveillants et qui ont de forts préjugés, et (g) ceux qui ont perdu une position au statut élevé.

  1. Ne pas enseigner aux insouciants en accord avec leur caractère

Les personnes insouciantes (bag-med) sont celles qui n’accordent pas d’importance aux lois de cause et effets comportementaux et dont la conduite, par conséquent, leur apportera malheur et problèmes dans cette vie et dans leurs vies futures. Nous ne pouvons pas aider ces personnes si nous sommes pleins de suffisance indignée et désapprobatrice. Pour les atteindre, nous devons faire preuve à la fois d’habileté et de souplesse d’esprit pour trouver une approche qui convient à la situation qui leur est propre. Par exemple, si notre voisin est un chasseur passionné, nous ne lui tenons pas de sermon outragé sur les feux de l’enfer où il sera brûlé vif. Si nous procédons ainsi, il y a fort à parier qu’il ne voudra plus jamais avoir affaire à nous. Au contraire, nous le traitons amicalement, nous lui disons qu’il rend un grand service à sa famille et à ses amis en leur fournissant de la viande de gibier. Une fois qu’il devient réceptif à nos conseils, nous suggérons peu à peu de meilleures façons de se détendre et de rendre les autres heureux sans ôter des vies.

  1. Ne pas rendre l’aide reçue

Ne pas vouloir aider les autres de retour pour l’aide qu’ils ou elles nous ont apportée, ou ne pas nous en souvenir, ou ne pas penser à donner quoi que ce soit en retour. Cependant, il n’y a pas de faute si, alors que nous essayons de rendre de l’aide, comme lorsqu’il s’agit de réparer une voiture, nous n’avons pas le savoir-faire et la capacité, ou si nous sommes trop faibles pour le faire. Si, de surcroît, ceux qui nous ont aidés souhaitent ne rien recevoir en retour, nous ne les forçons pas à accepter notre offre.

  1. Ne pas soulager autrui de son chagrin

Si, pour cause de méchanceté, paresse ou indifférence, nous manquons à réconforter ceux qui ont perdu un être aimé, de l’argent ou des possessions auxquelles ils étaient attachés, alors nous sommes fautifs. Ceux qui sont bouleversés ou déprimés requièrent notre affection, notre sympathie et notre compréhension sincères, mais certainement pas notre pitié.

  1. Ne pas donner à ceux qui ont besoin de charité

Pour cause de colère, méchanceté, paresse ou indifférence. Si la cause est l’avarice, c’est une chute-racine.

  1. Ne pas pourvoir aux besoins de son entourage

C’est une grande faute de négliger, pour cause de méchanceté, paresse ou indifférence, notre entourage familial, notre entourage d’amis, notre entourage professionnel de collègues et d’employés, de disciples et ainsi de suite, en particulier lorsque nous poursuivons des activités d’utilité publique pour apporter de l’aide aux autres. Nous devons pourvoir à leurs besoins matériels et prendre soin de leur bien-être spirituel. Comment pouvons-nous prétendre aider tous les êtres si nous ignorons les besoins de ceux qui nous sont proches ?

  1. Ne pas se rallier aux préférences des autres

Dans la mesure où ce que les autres désirent que nous fassions, ou dans la mesure où ce qu’ils ont envie de faire, n’est nuisible ni pour eux ni pour d’autres, c’est une faute de ne pas s’y conformer. Chacun fait les choses à sa façon et a ses préférences. Si nous n’y faisons pas honneur pour cause de méchanceté, paresse ou indifférence, alors nous entamons des discussions sur des sujets insignifiants, comme sur l’endroit où aller manger, ou encore, nous sommes insensibles à leurs préférences et suscitons leur gêne ou leur ressentiment lorsque nous commandons le menu.

  1. Ne pas faire l’éloge des talents ou des qualités positives d’autrui

Si, pour cause de colère, méchanceté, indifférence ou paresse, nous manquons à faire l’éloge des autres lorsqu’ils ont fait quelque chose de bien, ou à y concourir lorsqu’une tierce personne le fait, alors nous atténuons notre intérêt et notre enthousiasme pour la poursuite de leur croissance. Mais si le fait d’être loués en privé ou en public les met dans l’embarras, ou s’ils en retirent fierté ou vanité, alors nous nous retenons.

  1. Ne pas appliquer de sanction en accord avec les circonstances

Pour aider les autres, il est important de les discipliner s’ils agissent sans retenue. Si nous y manquons, à cause d’un problème émotionnel que nous avons dans une telle situation, ou pour cause de paresse, indifférence ou désinvolture, alors nous portons préjudice à notre aptitude à être des guides efficaces.

  1. Ne pas faire usage de choses, comme les pouvoirs supra physiques ou la capacité de jeter des sorts

Certaines situations exigent des méthodes spéciales pour aider les autres, comme faire appel à des pouvoirs supra physiques (rdzu-'phrul). Si nous sommes en possession de tels moyens et si nous n’y recourons pas dans des situations où ils seraient adéquats et efficaces, alors nous portons préjudice à notre aptitude à aider les autres. Au contraire, nous nous efforçons de mettre tous nos talents, toutes nos aptitudes et toutes nos réalisations au service des autres.